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Cet étrange mais très utile Placebo

Cet étrange mais très utile Placebo

- Réflexions - Vendredi 06 Décembre 2019


Il y a bien longtemps que nous savons que notre esprit et nos états d’âme ont une influence sur notre santé, comme le montre notre façon de parler : nous disons « se faire de la bile », ce qui abîme notre vésicule biliaire, et « ce type me hérisse le poil » lorsque nos muscles horripilateurs redressent nos poils désormais clairsemés, ou encore « cette idée me donne la nausée », et bien d’autres.
Mais c’est récemment, en étudiant scientifiquement l’influence de notre esprit sur notre santé, qu’on a donné le nom de Placebo à une substance dépourvue d’effet mais qui soulage, et parfois même guérit, certains malades.

Placebo signifie en latin ‘je plairai’, un futur énigmatique qui ne nous dit pas à qui il plaira, en le réjouissant ou en le réconfortant : au malade qui se sentira mieux après l’avoir absorbé ? Au médecin complice qui sera ravi d’avoir guéri son malade sans un vrai médicament potentiellement dangereux ? A la Sécu, pour qui un comprimé bon marché, efficace et sans danger est un don du ciel ? Au charlatan qui va pouvoir se remplir les poches sans risquer la prison ? Ou aux psys, réconfortés d’avoir enfin la preuve que l’esprit est, sinon capable de guérir, au moins de soulager ?
A tous ceux-là, peut-être, mais pas à ceux qui sont sûrs que le Placebo est réservé aux naïfs et aux faibles d’esprit et qui, devant une amélioration, parfois même la guérison, du malade disent, d’un ton apitoyé qu’ « il ne s’agit là que d’un effet Placebo », ce qui signifie réservé aux hystériques et aux faibles d’esprit.
Et donc qui pensent que le Placebo est une arnaque.
 
Or le Placebo existe depuis que les êtres humains éprouvent un sentiment religieux, et les malades comme les soignants ont longtemps attribué à la volonté divine la guérison de leurs maux et sont allés demander leur aide à ceux qui étaient ses représentants sur Terre. Et encore actuellement, chez nous comme ailleurs, il y a sur le marché toutes sortes de guérisseurs plus ou moins farfelus, mais tous beaux parleurs et doués d’un pouvoir de fascination incontestable mais qui, eux aussi, font référence à un être supérieur avec lesquels ils communiquent et qui leur accorde le pouvoir de guérir.
Le grand Ambroise Paré [1], le chirurgien des pauvres et des rois, ne pensait pas autrement quand il écrit, au sujet de ses cures : « Je le pensai, Dieu le guérit ».
Mais il a dit aussi, lors de son admission comme compagnon chirurgien à l’Hôtel-Dieu de Paris : « Ce n’est rien de feuilleter les livres, de gazouiller, de caqueter en chaire de chirurgie, si la main ne met en usage ce que la raison ordonne ». 
Et c’est à juste titre que les médecins et chercheurs actuels excluent toute interprétation fantasque ou mystique de leurs pratiques.
Certains scientifiques ne nient pourtant pas l’effet bénéfique du Placebo, et attribuent cette action à la grande confiance que le malade accorde au médecin qui lui prescrit, fut-ce en double aveugle, cet étrange médicament.
C’est la thèse qu’expose, longuement et savamment, le Professeur Patrick Lemoine, médecin des Hôpitaux, généraliste et psychiatre, qui nous en donne son opinion – très favorable -- dans son livre « Le mystère du Placebo » [2], un ouvrage très intéressant et bien documenté où il explique que, consciemment ou non, pratiquement tous les médecins, y compris les hospitaliers, utilisent des Placebo pour guérir, généralement avec succès, leurs patients.
Ce qui soigne, explique-t-il, ce n’est pas le remède, mais bien le médecin qui, par son attitude attentive, amicale et compatissante, permet au malade de guérir.
Il nous dit, en somme, que c’est pour plaire à son gentil médecin que le patient guérit.
Et il invite tous les médecins à utiliser, en pleine conscience de cause, ce moyen inoffensif et efficace aussi souvent que la situation le permet.
Cette idée nous offre une partie de l’explication, mais elle est insuffisante, comme le montre le faible taux de succès (de 25 à 35% de cas résolus suivant les sources) que donne l’analyse de ses résultats.
Et nous ne savons pas non plus si cette guérison est durable.
C’est cette raison qui m’a poussée à chercher un complément d’explication du côté du transfert et de notre ambivalence.

Le Transfert
Notons d’abord que nulle guérison, avec ou sans médecin patenté, et aucun médicament, fut-il vendu en pharmacie, n’est capable de faire repousser une jambe ou une main, et que les problèmes auxquels on peut remédier aujourd’hui sont les mêmes que guérissaient autrefois les Pythies, Chamanes, Aruspices, Druides, Devins, Mages de tout poil, et même jusqu’à nos rois qui délivraient leurs sujets des écrouelles en les effleurant du doigt.
Et tout comme le faisaient et le font encore les reliques, les pèlerinages, les prières et la contrition, si l’on s’y adonne sincèrement.

En psychanalyse, le transfert s’établit quand le patient octroie à une personne la même confiance qu’il attribuait à ses parents lorsqu’il était un petit enfant. Un temps où il était persuadé qu’ils savaient tout, qu’ils comprenaient tout, qu’ils  pouvaient tout et qu’ils l’aimaient infiniment.
Et c’est cette confiance, inconsciente et irraisonnée, reportée sur le guérisseur (muni ou non de diplômes) qui lui donne la possibilité de soulager leurs maux quand il sont occasionnels [3] en y ajoutant, si possible, le conseil de pratiquer une activité qui vienne en renforcer l’action et qui laisse s’exercer le savoir-faire du corps.
 
Certaines de ces activités favorisent plutôt la musculature comme par exemple le sport, la danse ou le Yoga.
D’autres nécessitent une plus ou moins grande part de créativité comme la conception et l’écriture d’un roman, l’apprentissage du piano, de la peinture, ou de l’art des Haïku.
Mais tous ceux qui s’adonneront avec passion à un travail difficile auront désormais une vie assez passionnante pour retrouver le plaisir de vivre et un narcissisme satisfaisant.
A la condition, toutefois, de s’adonner à cette activité en visant l’excellence, ce qui ne laissera guère de place à des ruminations mentales importunes.
 
La Psychanalyse                                 
Et enfin, si les problèmes corporels et psychiques qui tourmentent un patient sont d’origine structurelle, la psychanalyse est un moyen – et peut-être le seul -- de porter remède à sa souffrance. Cette discipline, purement psychique, est aussi la plus longue et la plus difficile de toutes.
Si pour elle, comme pour toutes les autres, le transfert doit être établi pour que l’effet Placebo agisse - ce que Freud savait bien, puisqu’il avait dit, lors de la troisième réunion de la Société de Psychanalyse qui avait eu lieu à Vienne le 30 Octobre 1907 « Il est tout à fait exact que le Psychanalyse travaille aussi au moyen de la suggestion, comme d’autres méthodes psychothérapeutiques ».
Mais le travail ne s’arrête pas là car c’est alors que commence sa deuxième et plus longue phase, comme le précisait Freud à la même réunion : « Mais la différence est que la décision relative au succès thérapeutique n’est ici pas abandonnée à la suggestion ou au transfert ».
Et en effet, dès qu’il est sûr que le transfert est intégré, l’analyste passe à l’interprétation du transfert, qui rend le patient conscient du fait que le transfert est « La reproduction de relations affectives émanant des plus précoces investissements de la période refoulée de son enfance ».
Autrement dit, il explique au patient que l’épisode qu’il est en train de vivre, et qu’il croit être actuel n’est, en réalité, que la reproduction de ses craintes, de ses désirs, de ses accusations d’autrefois, et de tous ses fantasmes d’enfant.
Car le but du travail analytique n’est pas seulement de soulager le patient de ses maux, il est aussi et surtout de lui rendre la maîtrise de sa vie psychique en lui apprenant à mettre un lien entre les sentiments refoulés, et donc oubliés, d’autrefois et ses difficultés du présent.
C’est en effet en prenant conscience que c’est la réactualisation dans le présent des souvenirs - réels ou fantasmés - d’autrefois qui est la cause de ses troubles actuels, il va pouvoir les analyser et les évaluer avec sa nouvelle façon de penser et ses capacités d’adulte, et les remettre alors à leur juste place : dans le passé.  

Autrement dit, il est désormais capable d’être son propre psy.

[1] Né en 1529, décédé en 1590.
[2] Editions Odile Jacob. Février 1996.
[3] Les problèmes structurels sont étudiés plus loin.
 

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La Tour de Babel et la babélisation de l’esprit

La Tour de Babel et la babélisation de l’esprit

- Réflexions - Dimanche 13 Janvier 2019


« Toute la Terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear et ils y habitèrent.
Ils se dirent l’un à l’autre : allons ! Faisons des briques et cuisons–les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment.
Ils dirent encore : allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.
L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.
Et l’Eternel dit : voici, ils forment un seul peuple et ont tous la même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne le empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.
Allons, descendons et là, confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue les uns des autres.
Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre,  et ils cessèrent de bâtir la ville.
C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la Terre. »
(Le Pentateuque, Genèse 11).

Les hommes ne pensèrent plus dès lors que chaque mot n’avait qu’un seul sens, identique pour tous, mais ils crurent que chaque mot qu’ils entendaient ou prononçaient avait plusieurs sens, parfois contradictoires.
Et ainsi les hommes, incapables de se comprendre entre eux, durent désormais résoudre leurs différends non par la parole mais par la guerre.
Beaucoup plus tard, les hommes créèrent une Assemblée où on aurait pu recourir à la concertation plutôt qu’aux armes et où les mots, dûment traduits, auraient de nouveau le même sens pour tous.

Mais c’était sans compter sans l’invention des ‘faits  alternatifs’, qui vinrent créer une confusion babélienne dans les cerveaux et qui occupent actuellement des millions de pages dans les réseaux sociaux, dans les quotidiens, les revues, la Radio, les chaines T.V., les livres…

L’origine des « fake news »

Si l’utilisation du double sens des mots existe depuis longtemps, la création du nom faits alternatifs ou fake news pour désigner un changement total de sens du mot "faits" est très récent, puisqu’il date du 22 Janvier 2017.
La veille, Sean Spicer, une conseillère de Donald Trump, avait accusé les Médias d’avoir sous estimé l’importance de la foule présente lors de la cérémonie d’investiture du Président Trump, et avait affirmé qu’il y avait au contraire la plus grande audience jamais enregistrée jusque-là pour ce genre de cérémonies.
Or tous les documents : T.V., bandes photos, reportages divers, etc. montraient qu’il n’en était rien.
Le lendemain, lorsque le journaliste de la NBC News, Chuck Todd, avait demandé à Kellyanne Conway pourquoi Sean Spicer avait menti la veille, Kellyanne lui avait répondu : vous appelez cela un mensonge, mais Spicer a seulement donné des faits alternatifs, puisque le nombre de présents à la cérémonie ne pouvait être ni prouvé ni exactement quantifié.
Et l’utilisation des faits alternatifs, ces modernes rejetons de l’antique malédiction divine, s’était partout répandue, alors même que toute la Presse révélait les incessants mensonges que Trump avait diffusés durant la campagne électorale.

Les Mots-Mensonge

Embrouiller les esprits pour mieux les dominer grâce aux mensonges, aux fausses nouvelles, aux Infox (Fake News) est une tactique qui date de la nuit des temps, mais elle a désormais pris une ampleur inquiétante.
Ce sont les U.S.A qui ont inventé les Fake News, qui ont renforcé la babélisation des esprits, mais il y a une autre façon, plus subtile et donc plus pernicieuse et plus efficace de troubler les gens : les Mots-Mensonge.
Ce sont ces mots qui, détournés de leur sens premier, permettent de transformer en son contraire ce qu’exprimait habituellement une phrase.
Sans explications, avec une grande économie de temps et de travail on parvient, grâce à un seul mot, au même résultat qu’on obtenait autrefois avec beaucoup plus d’efforts et moins d’efficacité.

« Race », un mot-mensonge

Un bon exemple de mot-mensonge est celui de ‘race’ qui, détourné de son sens premier, fait des ravages lorsqu’on lui donne (parfois par ignorance et parfois à des fins politiques) le sens d’espèce.
Notre Constitution, --comme l’Unesco, les anthropologues et bien d’autres-- dit et confirme que l’humanité est une, et que tous les hommes appartiennent à la même espèce.
Les généticiens, de leur côté, expliquent que le mot de race désigne des différences uniquement extérieures qui, malgré leur visibilité, sont sans importance réelle.
Et elles sont en effet sans importance réelle, sans importance sociale et sans importance scientifique, mais seulement lorsque chaque mot n’a qu’un sens. A l’inverse, quand on donne au mot race le sens d’espèce, on transforme un mot innocent en machine de guerre, en vecteur d’injustice et de terribles souffrances : le mot race a désormais deux sens, c’est devenu un mot qui se propage en tant que ‘fait alternatif’, et qui peut être : soit une différence d’importance nulle soit au contraire une différence essentielle : celle qui sépare les humains des animaux.
Or un fait alternatif n’est pas une autre possibilité, c’est une contre vérité, un pur et simple mensonge, une Fake New, une « fausse information, propagée dans le but de tromper l’auditoire ou les lecteurs ».
Et le mot-mensonge de « race », désormais entendu comme « espèce », s’était répandu partout, mais de façon particulièrement désastreuse aux Etats-Unis, où il avait conduit à la traite des Noirs, à l’esclavage et à leur cortège de souffrances.
Et c’est ainsi qu’on avait permis à quantité de braves gens de trouver normal de traiter ceux qui n’étaient pas blancs comme s’ils étaient d’une autre espèce, et donc qu’il était licite de les considérer comme des animaux. (1)
Ainsi se propagea, par la simple utilisation d’un seul mot-mensonge, une des pires injustices d’un monde où il y en a hélas beaucoup.
Et c’est le même contresens qui, encore aujourd’hui, permet à certains de se croire supérieurs à d’autres, parce qu’ils ont une couleur de peau, une religion ou des coutumes différentes des leurs.
Le 18 décembre 1876, le Président Abraham Lincoln abolissait l’esclavage, aux Etats-Unis, mais l’idée tenace de ces fausses infériorités n’a pas disparu, ni là ni ailleurs, et continue à causer partout mésentente, malheur et crimes.

« Humain » et son « sens alternatif »

Et que dire du mot « humain » dont le sens alternatif est, suivant les dictionnaires, compréhensif et compatissant ou bienveillant, bon et secourable ?
Vraiment ? Alors que nous éliminons sans pitié tout ce qui met un frein à notre avidité, et que nous sommes les seuls, parmi les mammifères et la plupart de autres animaux, qui vont jusqu'à s’entretuer ?
En effet, comme nous l’a appris Konrad Lorentz, lorsque deux mâles non humains s’affrontent pour conquérir leur femelle ou le pouvoir, dès que l’un sent qu’il va perdre, il le signale par son attitude. Et aussitôt le plus fort s’écarte et le laisse partir, certes humilié et parfois blessé, mais vivant.
Alors que nous…


Beaucoup de mots-mensonge circulent sur les réseaux en répandant absurdités, fausses nouvelles et balivernes qui encombrent et alourdissent nos cerveaux.
Ceux qui les détecteront, puis s’attacheront à les dénoncer feront du bon travail… mais ils devront avoir beaucoup de courage car rien n’égale la capacité de nuisance des mots-mensonge qui nous envahissent et dont les ordinateurs multiplient désormais la puissance à l’infini.


Gabrielle Rubin © tous droits réservés
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(1) En espérant qu’on parviendra bientôt à traiter de façon convenable nos cousins les animaux.

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La double vie secrète de l'aimable Empathie

La double vie secrète de l'aimable Empathie

- Réflexions - Mardi 25 Septembre 2018


Nous sommes étonnés quand nous apprenons qu’une femme, moralement et physiquement maltraitée par son mari, n’arrive pas se révolter et qu’elle annule rapidement sa plainte quand elle a eu le courage d’en déposer une. Nous le sommes aussi lorsque nous découvrons qu’un entrepreneur jusque-là habile, a été ruiné par un escroc, que par un tour de passe-passe un espion a berné un Etat, ou encore que certains sont, et demeurent durant des années, sous la coupe d’un gourou.
Et nous nous demandons surtout par quel mystère tel dictateur est démocratiquement élu et réélu par des sujets qui l’aiment sincèrement, alors qu’ils vivent misérablement et qu’ils ont faim et froid, tandis que le Chef et ses acolytes vivent somptueusement ?
Car ils les aiment vraiment (tout comme l’épouse maltraitée aime son mari et le défend si on l’attaque) et il n’est que de se rappeler les ruisseaux de pleurs qui ont été répandus derrière le cortège funéraire de Staline, de Mao, de Nasser et bien d’autres, pour le voir clairement.
Je me propose donc d’avoir ici recours à des notions de psychologie pour éclairer cette question.

L’Empathie, et sa meilleure alliée : la Sympathie

L’empathie est une faculté qui permet de se glisser dans la tête d’un autre être vivant, de penser comme lui, de s’identifier à lui, presque de devenir lui pendant un court moment.
Si cette faculté existe en nous depuis la nuit des temps, on ne l’a définie et nommée ainsi que récemment, puisque c’est en 1873 que le psychologue allemand Friedrich Théodore Vischer a créé et utilisé le mot de ‘Einfühlung’ que nous traduisons par ‘empathie’.
Un mot ensuite repris par son fils Robert dans sa thèse de doctorat, et qui a fait florès depuis.
Il est cependant indispensable de savoir que si l’empathie donne la possibilité de pénétrer dans la pensée d’un autre et de s’identifier à lui, elle n’implique nullement, et même qu’elle exclut, tout sentiment affectif envers cet autre.
Il est clair que ni l’espion, ni l’escroc, ni aucune autre personne « qui vit aux dépens de celui qui l’écoute » ne peut aimer ni haïr sa victime.
Car il est impossible de trahir qui on aime et que la haine est une pulsion brûlante qui interdit de raisonner sainement.

Mais l’empathie peut par contre facilement s’allier avec la sympathie, qui est notre capacité à partager la souffrance d’un autre et qui, lorsque nous la ressentons, nous incite à vouloir l’aider (1).
L’empathie n’est donc ni bonne ni mauvaise, elle est, tout simplement : elle ouvre la porte, rien de plus.
Mais lorsque la bienveillante Sympathie (qui apporte amour et compassion) vient épauler l’indispensable Empathie (qui révèle la véritable attente de l’autre), le couple devient efficace, par l’addition de la sympathie qui aime avec l’empathie, qui sait.

Ce n’est donc que lorsqu’elle s’unit à la sympathie, qui aide
et console, qu’elles apportent ensemble le soulagement.
Et c’est cette alliance qui permet à un être (humain ou non) d’apporter à un autre qui va mal les mots, les gestes et la compréhension qui le réconforteront et lui redonneront confiance en lui et en son devenir.   
Ces deux co-mères ne sont toutefois pas égales, car si la sympathie est rare, l’empathie est la chose la plus répandue qui soit : les animaux eux-mêmes en sont largement pourvus et elle est plus ou moins présente dans tout ce qui vit.
Mais il ne faut jamais oublier qu’espions, escrocs, gourous et autres engeances sont des séducteurs qui sont capables de paraître sincèrement compatissants alors qu’ils ne savent même pas ce que ce mot veut dire.

Empathie et Pulsion d’Emprise

Si la neutralité de l’empathie lui permet de faire corps  avec  la compassion, elle lui permet aussi de s’unir avec la (parfois) désastreuse emprise.

Tout est alors bien différent et, de lumineux qu’il était, le couple devient destructeur, car celui qui a pu jeter son dévolu sur un autre grâce à l’empathie, s’empare de l’esprit de sa victime qu’il va dès lors pouvoir torturer jusqu’à sa mort.
Une mort qui va survenir rapidement et de façon sanglante lorsque le prédateur est un obsédé sexuel, ou avec une savante et douloureuse lenteur quand il s’agit d’un pervers.
Emprise est d’ailleurs un mot qui en dit long par lui même, car il est formé d’après le mot latin ‘prehendere’ qui a donné ‘pendre’ en français, un verbe qui est constitutif de l’emprise psychologique.
C’est une force obscure, qui s’en prend à un être humain, s’empare de sa pensée grâce à son empathie, et arrive ainsi à le berner et à le torturer, psychiquement et  physiquement.

L’opinion de Freud sur le couple empathie/emprise
Freud a beaucoup varié au sujet de la pulsion d’emprise. Au Congrès de la Société Psychanalytique de Vienne de 1907, il trouve une action certes modeste, mais bénéfique, à ce qu’on appelle encore ‘la suggestion’. En 1920 dans ‘Au-delà du principe de plaisir’, un changement radical le conduit à écrire que la pulsion d’emprise pourrait n’être qu’un dérivé de la pulsion de mort, un désir de retour à l’inorganique.
Mais cinq ans plus tard il reprenait et approuvait (in Ma vie et la psychanalyse) ce qu’il disait en 1907 à Vienne, où il avait reconnu qu’une contrainte, certes minime mais cependant présente et bénéfique, était demandée ou imposée au patient, et que c’était grâce à elle et au travail psychique du patient que le transfert devenait conscient et permettait à l’analysant de constater que sa façon d’agir reproduisait les relations affectives émanant de la période refoulée de son enfance.

L’empathie est donc imposée au patient, mais c’est elle aussi qui permet au thérapeute de se sentir si proche de lui qu’il ‘devient lui’ durant quelques courts instants.
Ces instants sont précieux, mais ils doivent demeurer rares et brefs, car si l’irruption d’un savoir --vécu comme mystérieux-- déclenche chez le patient une soudaine et bénéfique adhésion aux dires du psy, elle peut aussi être dangereuse si elle est mal utilisée, et conduire à une interdépendance fusionnelle désastreuse.

Empathie/emprise : une association qui tue la pensée

Dans d’autres cas enfin, la pulsion d’emprise peut être  sadique ou criminelle sans pour autant vouloir la mort de la victime, et elle se contente alors d’abolir ce qu’il y a d’essentiel en elle : sa pensée.
Le plus parfait exemple en est celui des membres de la secte, privés de pensée par l’emprise qu’exerce sur eux le gourou : aidé de ses acolytes, il fait de ses adeptes non seulement ses esclaves mais, pire encore, des êtres à la tête vide.
Des morts-vivants, des zombies… des robots sans pensée et sans âme, et qui ne sont plus rien.
Tous ceux qui ont la malchance de tomber sous l’emprise d’un ‘autre’ malveillant : escroc, espion, conjoint ou faux ami, n’ont heureusement pas l’esprit réduit à néant, comme le sont ceux capturés par un gourou.
Mais chez toutes les victimes se produit –durant un temps plus ou moins long-- un grand appauvrissement des capacités affectives et intellectuelles, une incapacité de raisonner clairement et dont les décisions lui sont dictées par celui qui le tient sous sa coupe.


Il faut donc rester particulièrement attentif et penser à la possibilité de se laisser ‘embrouiller’ l’esprit par ces êtres particulièrement séduisants que sont les escrocs, les espions, les politiciens, les inventeurs de sectes et autres, et ne jamais penser ‘moi je ne me laisserais pas embobiner ’. Car c’est lorsque l’empathie, qui sait ce que désire entendre la victime, et l’emprise, qui est capable de lui faire croire qu’elle l’a obtenu, se mettent ensemble au service d’un séduisant prédateur que le danger est le plus grand.

(1) Du grec syn = avec, et pathos = souffrance.

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Les pervers araignées

Les pervers araignées

- Réflexions - Lundi 09 Juillet 2018


Les pervers araignées

Les pervers sont nombreux, et chacun d’entre eux l’est à sa manière, mais on peut les ranger quand même en deux grandes catégories : celle des pervers sexuels, et celle des pervers manipulateurs ou "pervers-araignée".

Les araignées ont une trouvé une façon intelligente, subtile et particulièrement cruelle de résoudre le problème qui se pose à tout être vivant : le besoin de se nourrir pour continuer à vivre.
L’araignée épeire, par exemple, commence par tisser une toile qu’elle loge dans un endroit stratégique et dont les fils gluants rendent impossible la fuite de l’insecte : mouche, guêpe ou autre, qui a eu le malheur de la trouver sur sa route.
Elle-même s’étant soigneusement enduite d’un liquide huileux qui la met à l’abri de ce danger.
Si elle a faim elle dévore sa proie aussitôt, mais si ce n’est pas le cas, elle la saisit par ses pattes arrière et, après l’avoir étourdie par une morsure paralysante, elle l’enserre dans un cocon de soie qui va la conserver, impuissante mais intacte, jusqu’à ce que l’appétit se fasse de nouveau sentir.
Et c’est ce que font aussi ceux que j’appelle Pervers-Araignée, à ceci près qu’ils ne dévorent pas le corps de leur victime mais son esprit.

Les pervers sexuels agissent par brusques et incontrôlables poussées pulsionnelles et sont dès lors entièrement sous la domination de leur désir de posséder et de détruire l’autre.
Parmi eux, certains  suivent furtivement leur future victime jusque chez elle et emploient la force pour la maîtriser, lui faire subir les pires sévices –sexuels et autres-- avant de l’achever pour disparaître ensuite tout aussi furtivement.
D’autres la font monter dans leur voiture, de force ou doucereusement pour ensuite, sur le chemin ou à leur domicile, violenter et tuer ces victimes sans défense.
Alors, soulagés, ils redeviennent l’insoupçonnable M. Toulemonde jusqu’à la crise suivante.
Ils utilisent leur force musculaire pour maîtriser leur victime et satisfaire leur pulsion -- dont Freud nous a appris qu’elle meurt en s’accomplissant -- et  retrouver alors leur calme.

Les pervers araignées, eux, ne se servent pas de leur force physique et n’agissent pas dans l’urgence pour satisfaire leur pulsion prédatrice dès qu’elle se fait sentir, car ils sont capables (au moins dans une certaine mesure) de la contrôler.
Ils ne torturent pas non plus une personne inconnue, choisie sur  une pulsion incontrôlable, mais  quelqu’un qui vit avec eux et qu’ils tiennent sous leur emprise, le plus souvent leur compagne.
Ils ont pris mentalement possession d’elle, et ils la torturent savamment, la dégustant lentement, soigneusement, jour après jour, et suivant leur appétit, tout comme le fait l’araignée pour l’insecte qui est en son pouvoir.
Il arrive cependant que quelques-uns craquent et, repris par la pulsion, dépassent la mesure qu’ils se sont fixée et tuent la malheureuse sous les coups.
Alors la famille, les amis, les voisins, sont stupéfaits : quoi ! C’était un mari violent ? Capable d’aller jusqu’à tuer ? C’est impossible, il était si aimable, si prévenant… un voisin modèle, en somme,
et personne n’aurait pu soupçonner une chose aussi incroyable.

Et les médias s’empressent de faire de faire mousser une affaire qui fait frémir les lecteurs.
Perdre le contrôle d’eux-mêmes reste cependant extrêmement rare chez les pervers-araignée, et leur compagne finit le plus souvent par mourir de mort dite ‘naturelle’ si mourir de souffrance après toute une vie de malheur peut être ainsi qualifié.

Pendant qu’ailleurs, près ou très loin de là, se poursuit, à l’insu de tous, le martyre d’une autre femme…

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"Pourquoi l'interdit rend nos enfants intelligents"

"Pourquoi l'interdit rend nos enfants intelligents"

- Actualités - Vendredi 25 Septembre 2015


Chers Amis, chers Lecteurs,

J’ai le grand plaisir de vous annoncer que mon ouvrage "Pourquoi l’interdit rend nos enfants intelligents", vient de sortir, hier 24 septembre, aux éditions Eyrolles !

Cet ouvrage, initialement paru sous le titre "Eloge de l'Interdit, Interdit créateur et interdit castrateur", a fait l'objet d'un reconditionnement à l'occasion de son deuxième tirage (nouvelle couverture et nouvelle maquette). Le texte reste inchangé par rapport au tirage précédent.

Je vous propose d’en découvrir ci-dessous le texte de présentation :

De nos jours l’interdit n’a pas bonne presse. La transparence est devenue la valeur suprême, le mystère n’a plus la cote. Pourquoi faudrait-il interdire quand nous voudrions pouvoir tout dire, tout montrer et tout faire, selon une légitime aspiration à la liberté ?
Nous oublions que sans interdit, nous ne pourrions ni penser ni créer. Refuser l’interdit c’est nous priver du champ nécessaire à l’épanouissement de notre pensée et de notre capacité créatrice. « Rien n’est plus passionnant » nous dit l’auteur, « que d’ouvrir la porte qui cache le secret qu’on croyait impossible à connaître, et c’est cela qui a motivé tous les découvreurs : les scientifiques, les artistes, les explorateurs, les ingénieurs et tous les créateurs ». C’est aussi grâce à l’interdit, en d’autres termes aux limites, que l’enfant utilise sa soif d’apprendre, développe son intelligence et apprend à vivre avec les autres.
En s’appuyant sur la littérature, l’art et le sport, l’auteur nous montre que les interdits sont la condition de notre épanouissement psychique et les garants de notre liberté de penser.


http://www.editions-eyrolles.com/Livre/9782212560817/pourquoi-l-interdit-rend-nos-enfants-intelligents

Merci pour votre attention et pour votre fidélité.

Avec toute mon amitié,
Gabrielle

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"Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ?" est  traduit en Italien !

"Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ?" est traduit en Italien !

- Actualités - Lundi 25 Août 2014


Chers lecteurs,
 
Je suis aujourd’hui fière et heureuse de vous annoncer la très prochaine publication de mon dernier ouvrage « Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? Essai sur nos prisons imaginaires » dans sa version italienne !
 
« Perché gli altri ce la fanno e io no? Saggio sulle nostre prigioni immaginarie » paraît en Italie aux éditions Koinè, et sera disponible dans les librairies italiennes dès le mois de septembre.
 
Je vous souhaite une excellente rentrée.
A très bientôt.
 
Avec toute mon amitié,
Gabrielle

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