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Éloge de l'interdit
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Sortie: 2010
Editions: Eyrolles

Du bon usage de la haine et du pardon
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Sortie: 2007
Editions: Payot

Les deux rôles symboliques du dirigeant

- Réflexions - Jeudi 11 Septembre 2014


Les deux rôles symboliques du dirigeant

La diversité est toujours un enrichissement culturel, et l’étude de l’art, de la façon de vivre et de penser, celle des jeux, des exercices physiques ou celle de faire la cuisine des différents peuples, apporte un plus considérable à chacun des autres - tout comme un passage fluide entre les diverses sciences humaines offre à chacune un champ d’études (et, potentiellement de découvertes) plus vaste et plus assuré.
La psychanalyse, par exemple, s’adresse à une personne particulière lors du travail analytique, mais elle permet aussi d’éclairer certains aspects de la vie en société.

En effet, de même qu’aucun de nous n’a de vrai sosie, nos sociétés ne sont pas non plus notre exact reflet. Il y a cependant des invariants qu’on retrouve chez  les individus comme dans leur société : certains sentiments innés, qui les rassemblent et les unissent. Le plus important de ces liens sont ceux qui relient le bébé à sa mère, puis à son père, et ils se retrouvent, sans que nous en ayons conscience, dans mains aspects de nos structures  sociales.

Parmi les liens complexes qui unissent un enfant à ses parents, je ne retiendrai ici que le plus tenace : l’amour inconditionnel du bébé pour sa mère, dont une partie se reporte plus tard sur son père.
Plus tard encore ces deux images seront projetées sur d’autres. Pour résumer à l’extrême, l’image du père se reportera sur celui ou celle qui représente la Loi, qui montre le juste chemin et protège grâce à sa puissance.
L’Imago maternelle ira par contre investir celle ou celui qui représente la tendresse, le dévouement et un amour sans failles. C’est ce qu’on appelle actuellement « le compassionnel » lorsqu’il s’agit d’un fait social.
Si cette image parentale ne correspond pas toujours à la réalité, –puisqu’il y a des mères peu aimantes et des pères indifférents ou même violents– elle est cependant indestructible parce qu’elle est innée : que celui qui représente la puissance et l’autorité soit une femme ou un homme, il ou elle sera symboliquement un père, et celui ou celle qui soigne, qui soutient, qui encourage, deviendra momentanément une mère quel que soit son sexe.

Ainsi, toute personne (enseignant, dirigeant d’entreprise, Chef d’État ou autre) qui détient une parcelle de pouvoir et qui affirme connaître le chemin à suivre, sera considérée comme un père symbolique.
N’appelle–t–on pas « Maître d’Ecole » l’instituteur, « Patron » le dirigeant d’une société commerciale, « Saint Père » le Chef de l’Eglise, « Père de la Nation » ou « Petit père de Peuples » le Chef de l’État?
Il est cependant indispensable que ces pères symboliques soient capables d’assumer un rôle maternel chaque fois que cela est nécessaire.

Je prendrai comme premier exemple le psychanalyste et sa constante préoccupation d’être à la bonne distance affective de son patient.
En ce qui concerne les contacts physiques, cette distance tient en peu de mots : il ne doit y en avoir aucun, en dehors d’une banale poignée de mains à l’arrivée et au départ du patient, et tout échange hors du cabinet professionnel est à proscrire.
Trouver la bonne distance psychique est plus subtil et plus difficile, parce qu’elle doit être modifiée à chaque moment, suivant les circonstances et en tenant compte de multiples paramètres.
Rester trop lointain donnerait au patient l’impression que son thérapeute est indifférent et mettrait une distance décourageante entre eux, tandis qu’une trop grande proximité risquerait de créer une relation fusionnelle.
Il lui faut donc rester constamment attentif aux besoins de son patient et changer suivant les circonstances : à certains moments, à la suite d’un rêve ou d’une circonstance qui mobilise ses souvenirs, le patient va retrouver les sentiments qu’il a éprouvés à tel moment de sa relation avec son père et, à d’autres moments, il va se souvenir de certains épisodes marquants de sa relation avec sa mère.
Être attentif à ces moments privilégiés va permettre au thérapeute de trouver la bonne distance, plus proche en cas de transfert maternel, ou plus fermement rassurante quand le patient voit en lui une image paternelle.
Mais il doit ensuite retrouver rapidement la distance d’une nécessaire neutralité.
 
Un contre–exemple, si extraordinaire qu’on pourrait le croire inventé, est celui du Psychiatre Greenson et de sa patiente, la très célèbre Marilyn Monroe, qu’il entreprit de « psychanalyser ».
Le Docteur Greenson a violé presque toutes les lois qui régissent notre profession, avec le résultat que l’on sait : une augmentation de l’auto–destructivité de Marilyn, son impossibilité d’établir une relation stable et son besoin irrépressible d’avoir un partenaire fusionnel, rôle rempli par Greenson jusqu’à leur séparation brutale.
En effet, son psychiatre l’autorisait à lui téléphoner aussi souvent qu’elle le désirait, et même à débarquer nuitamment dans l’appartement qu’il occupait avec sa famille, et lui–même se permettait de lui donner des conseils au sujet de son travail et de sa vie amoureuse.
Or donner des conseils c’est aller contre l’esprit même de la psychanalyse, dont le but est de permettre au patient de comprendre pourquoi il souffre et, après un long travail, de devenir capable de prendre par lui–même de meilleures décisions.
Agir autrement conduirait le patient à rester dépendant de son thérapeute comme il l’était de ses parents lorsqu’il était un enfant.
En permettant à sa patiente de lui téléphoner à toute heure et de venir sonner à sa porte en dehors des séances, Greenson avait agi avec elle comme l’aurait fait une tendre mère, dont le désir est de combler toutes les attentes de son bébé.
Et il faisait encore la même erreur en venant s’interposer entre elle et son metteur en scène ou entre elle et ses amants : en croyant l’aider il la maintenait dans un état infantile.
Il avait « oublié » qu’un adulte n’est pas un bébé, alors que s’il avait donné à Marilyn l’image du père fort et fiable qu’elle n’avait jamais eu, il l’aurait aidée à renoncer à chercher un impossible amour fusionnel, ce qui lui aurait ensuite permis de s’assumer et de décider par elle–même du chemin qui était le meilleur pour elle.
L’état fusionnel que l’attitude de Greenson avait laissé se développer entre lui et sa patiente n’était évidemment pas resté sans conséquences : lorsqu’en mai 1962 le thérapeute était parti avec sa femme pour un voyage de cinq semaines, laissant sa patiente désemparée par cette brusque et totale défusion, les désastres, comme on pouvait s’y attendre, s’étaient  accumulés.
Soudain seule, terrifiée et désespérée, Marilyn n’avait plus eu que les anti–dépresseurs pour l’aider. Elle en avait donc usé et abusé mais cela ne l’aidant guère elle s’était jetée, dans sa quête éperdue d’un peu d’affection, dans des aventures sexuelles désordonnées et dans toutes sortes d’excès qui avaient encore aggravé  la situation.
 
Un « père social » n’est pas un psychanalyste, et c’est évidemment de façon moins minutieuse que ce père-là doit trouver la bonne distance. Cependant, pour lui comme pour ceux dont il a la charge, y parvenir est primordial, car lui aussi doit être capable d’écouter ceux qui dépendent de lui, de les comprendre et de satisfaire leurs justes demandes.
Mais il lui faut très vite après cela retrouver son statut de Chef (symboliquement de père), c’est–à–dire de celui qui sait, qui décide, qui montre le bon chemin et qui, en expliquant les raisons de ses choix, obtient, sans utiliser de contrainte, l’accord de ceux dont il a la charge.

Il n’en était pas ainsi autrefois : Louis XIV ou Henry VIII d’Angleterre pouvaient avoir une conduite incohérente ou scandaleuse, leur légitimité n’était pas contestée puisqu’ils étaient rois de droit divin et qu’ils n’avaient donc pas de comptes à rendre.
Cette autorité incontestée s’étendait aux pères plus modestes qui, nobles ou manants, le représentaient au sein de leur famille.
Actuellement, celui qui occupe la place de dirigeant, qu’il soit enseignant, patron d’une entreprise, Chef d’Etat, ou à n’importe quel autre poste de direction, doit prouver sa légitimité par une conduite irréprochable, faute de quoi un sentiment de profonde injustice s’installe : si elle/il est comme moi, ni meilleur, ni plus capable, ni plus fort que moi, pourquoi a–t–il le pouvoir et pourquoi devrais–je lui obéir ?

Un exemple simple et que tout le monde connaît de la nécessité d’avoir tantôt un rôle maternel et tantôt un rôle paternel est celui de l’infirmière : compréhensive et compatissante lorsque la souffrance ou le désarroi de son patient l’exige, mais capable d’imposer sa volonté si celui–ci refuse de prendre les médicaments prescrits ou prétend aller à la cafétéria alors qu’il doit garder le lit.
Dans cette attitude difficile, ce qui aide les infirmières à garder le cap et à représenter tantôt l’un et tantôt l’autre des deux rôles symboliques, c’est qu’elle agit ainsi avec l’accord de tous : ni les autorités médicales, ni son intime certitude, ni les familles du malade ne songeraient un seul instant à lui demander de faire des entorses aux soins nécessaires, même par compassion envers la souffrance du patient

C’est spontanément que la plupart des professionnels adoptent cette alternance, et respectent au plus près les besoins de ceux dont ils ont la charge. Mais il en est aussi qui, oubliant que tout ce qui est excessif est nuisible, se laissent entrainer par leur bon cœur et n’ont pas la force d’assumer la difficile mais indispensable fonction paternelle.

 Gabrielle Rubin © tous droits réservés


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"Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ?" est traduit en Italien !

- Actualités - Lundi 25 Août 2014


Chers lecteurs,
 
Je suis aujourd’hui fière et heureuse de vous annoncer la très prochaine publication de mon dernier ouvrage « Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? Essai sur nos prisons imaginaires » dans sa version italienne !
 
« Perché gli altri ce la fanno e io no? Saggio sulle nostre prigioni immaginarie » paraît en Italie aux éditions Koinè, et sera disponible dans les librairies italiennes dès le mois de septembre.
 
Je vous souhaite une excellente rentrée.
A très bientôt.
 
Avec toute mon amitié,
Gabrielle

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C’est la faute du Bernard l’Hermite !

- Réflexions - Mercredi 09 Juillet 2014


C’est la faute du Bernard l’Hermite !
 
Ou, du moins, de celui que nous avons dans la tête.
Nous craignons tous les changements et même si notre nouvelle situation, notre nouvelle demeure ou notre nouveau travail nous plaisent, il reste, au fond de nous, la crainte de l’inconnu.

Une partie de nous a beau savoir que ce changement sera bénéfique, nous gardons quand même un vague sentiment de peur : qui sait de quoi sera fait l’avenir ?

Je prendrai un fragment de l’analyse de Georges pour illustrer un des moments clé de la cure analytique celui où, après un long travail, on arrive au moment où tous ces efforts doivent se traduire par des changements d’attitudes et d’habitudes.
Or c’est aussi le moment où les résistances se font les plus fortes, comme pour freiner la venue de cette nouvelle façon de concevoir sa vie.
Le patient est désormais capable d’abandonner la structure défensive  (pour Georges sa prétendue nullité) qu’il avait mise en place pour se protéger, mais encore faut–il pour cela que la crainte inconsciente que lui inspire ce changement de perspective se fasse moins contraignante.

George était intelligent, ses capacités professionnelles étaient reconnues, il avait un caractère agréable et une grande disponibilité pour ses amis.
Et pourtant sa vie, disait–il, était faite de médiocrité : un travail peu intéressant, pas d’amis intimes, et pas de compagne avec laquelle construire le couple solide qui lui aurait permis de fonder une famille heureuse.
D’ailleurs, ajoutait–il lorsqu’il parlait de lui–même, tout en lui était étriqué : son salaire était convenable mais suffisait seulement à le faire vivre, ce qui lui interdisait les voyages merveilleux que faisaient ‘les Autres’. Ses amours étaient agréables, mais ni durables ni enthousiasmantes. Il aimait lire, allait  aux expositions et au cinéma mais il était incapable ensuite d’en parler avec pertinence et passion, comme le faisaient tous ‘les Autres’.
Voilà, m’avait–il dit un jour, je suis incapable de me passionner. Moi, je suis gris. Tellement inexistant que lorsque je suis allé à une ou deux de ces soirées qu’on organise pour les célibataires, les dames ont fini par me confondre avec le papier mural.
Je lui avais fait remarquer que s’il regrettait de ne pas être plus ‘visible’ c’est qu’il en éprouvait le désir, et que s’il voulait bien admettre que tout désir ne cache pas forcément un danger, il pourrait en prendre le risque et devenir visible, et même être recherché.
Un premier pas avait été franchi lorsqu’il avait admis cette possibilité mais, malgré un certain nombre de progrès, Georges ne changeait pas vraiment : il était enfermé dans une forteresse interne qui, si elle lui interdisait tout épanouissement, lui semblait aussi le mettre à l’abri du danger.
Presque tous nos choix nous sont dictés par la nécessité. Quelle impérieuse nécessité avait donc contraint Georges à s’entourer de murs aussi épais ?
La réponse est presque à coup sûr : pour ne pas revivre les souffrances de l’enfance. Et il en était bien ainsi pour lui.
Je savais qu’il n’avait pas eu une mère ‘suffisamment bonne’ et que cette douleur demeurait gravée en lui. Mais le mur qui avait autrefois assuré sa survie psychique restait malheureusement agissant dans sa vie d’adulte et l’empêchait de voir qu’il était maintenant devenu obsolète et nuisible.
Il était évident qu’il fallait sortir de ce piège mais ce changement bouleversait tant de choses, lui semblait si dangereux, qu’il se refusait à tenter l’aventure.
Je me demandais comment aider mon patient lorsque la lecture d’un article sur le Bernard l’Hermite m’a aidée à faire bouger les lignes en me donnant l’idée de comparer les difficultés –physiques– de ce crustacé avec les difficultés –psychiques– de Georges.
J’espérais, grâce à ce détour par le réel, parvenir à mobiliser son imagination et à la mettre au service du changement.
Le Bernard l’Hermite (ou Pagure) dont les enfants s’amusent à ramasser les coquilles vides sur la plage, est un animal marin extrêmement répandu, qui a une particularité, celle d’être un perpétuel squatteur.
Il trouve probablement plus commode et moins fatigant de s’emparer d’une coquille vide pour s’y loger, plutôt que d’avoir à la fabriquer.
Mais comme toute chose, cela présente aussi certains inconvénients. En effet, la première coquille que choisit et occupe le jeune Pagure est à sa taille, il s’y love donc aisément, et se servant de l’énorme pince de sa patte droite pour en fermer l’ouverture, il s’y trouve parfaitement à l’abri des prédateurs.
Mais lorsqu’il grandit cette demeure devient trop petite pour lui et, au lieu de le protéger, elle risque de l’étouffer.
Il ne lui reste dès lors que deux possibilités : ou bien y demeurer et  mourir asphyxié, ou bien s’en extraire pour aller chercher un autre abri du même type, mais plus spacieux.
Il y a cependant un problème : si le Pagure est un crustacé en ce qui concerne la première moitié de son corps, la deuxième partie est par contre sans aucune protection et donc dangereusement exposée lorsqu’il est hors de sa coquille.
Partir à l’aventure c’est donc espérer vivre mieux mais aussi mettre sa vie en danger pendant le déménagement.
On peut comprendre que le malheureux crustacé ait des états d’âme : ou rester à l’abri et mourir étouffé, ou sortir pour trouver un avenir meilleur mais être une proie facile pendant qu’il cherche sa nouvelle demeure.
Georges était resté silencieux durant mon petit discours et n’en était sorti que pour me dire qu’il n’y avait pas de solution : les deux possibilités étaient aussi désastreuses l’une que l’autre.
Le silence s’était ensuite installé jusqu’à la fin de la séance.
J’avais espéré l’entendre dire qu’il y avait quand même une différence, que rester enfermé c’était comme mourir étouffé alors que changer lui aurait offert l’espoir d’une vie meilleure.
Mais il était resté silencieux.
Il fallait attendre, c’était encore trop tôt pour lui.

En effet, accepter ce genre d’interprétation, c’est accepter aussi l’idée qu’on n’est pas la victime d’une fatalité injuste mais qu’on est (en partie) responsable de son sort, ce qui conduit tout naturellement à se demander ce que cette prison nous apporte de tellement précieux pour qu’on préfère renoncer au bonheur plutôt que de la quitter.
Chacun a ses raisons et, pour Georges, les murailles qui l’enserraient au prix de sa liberté avaient une vertu essentielle, celle de le protéger de ce qu’il craignait le plus : se voir rejeter avec mépris s’il arrivait à trouver le courage de s’ouvrir à autrui.
Cela aurait en effet réactivé en lui la douleur qu’il ressentait lorsque sa mère avait cette attitude à son égard, ce qui avait été bien souvent le cas.
La piètre opinion que George avait de lui–même aboutissait à ce raisonnement : « Je n’ai rien d’intéressant à dire, comment pourrai–je retenir l’attention d’une personne –homme ou femme– tellement plus intéressante que moi ? Elle se demanderait surement quel toupet insensé me pousse à espérer devenir son ami ? » 
Et George préférait étouffer dans ses murs que de se poser la question qu’il redoutait : d’où venait donc cette crainte qui le paralysait ?
C’est que ce questionnement l’aurait fatalement amené à revisiter son enfance et à ce qu’il savait sans vouloir le savoir : la responsabilité de ses parents et surtout celle de sa mère dans son malheur.
Or il est terrible, il est insupportable de « découvrir » que de telles accusations sont méritées, car cela revient à devoir faire le deuil de la bonne mère qu’on croyait, contre toute évidence, avoir eue.
Et qu’on espérait désespérément retrouver un jour.
Ce qu’il exprimait dans les séances au sujet des raisons qui l’empêchaient d’avancer c’était un vague « Pas de chance, je suis nul, c’est ainsi, il faut bien l’accepter ».
Les murs imaginaires dont il s’était entouré avaient donc pour but de l’empêcher de penser, puisque cela l’aurait en quelque sorte conduit à devenir affectivement un orphelin.
Or nous sommes tous –et de façon innée– certains que notre mère nous aime et nous aimera toujours, qu’elle nous protègera quoi qu’il arrive, et qu’elle ne laissera jamais personne nous faire du mal.
Quel que soit le prix à payer, il nous faut sauvegarder ce fantasme-là, et donc abolir tout esprit critique à cet égard.
C’est un épisode de non–pensée, de ceux où on affirme une chose qu’à aucun moment on n’a soumise  à la réflexion.
Georges commençait cependant à désirer savoir mais, disait–il, il devait bien constater que le petit crustacé était plus courageux que lui.
Non, le Pagure n’était pas plus courageux que lui mais il était guidé par son instinct, lui dont tous les ancêtres, depuis des centaines de milliers d’années avaient pris le risque d’être dévorés plutôt que de mourir étouffés.
Nous sommes aussi en partie guidés par l’instinct, mais nous avons également une pensée qui nous donne la liberté de choisir notre chemin.
Et cette liberté, pour magnifique qu’elle soit, est aussi parfois bien difficile à assumer.
Il fallut encore un peu de temps à mon patient avant de pouvoir suivre l’exemple de « son ami Bernard » comme il l’appelait.
Mais je sus que le Pagure avait rempli sa mission lorsque Georges m’avait dit que chaque fois qu’il risquait de laisser sa peur du changement l’envahir, il se disait que si un Pagure l’avait dominée, il pouvait aussi y arriver.

« Bernard » représentait désormais le travail psychique qu’il avait fait durant ses années de psychanalyse et lui servait de point d’appui lorsqu’il se sentait faiblir car, pour autant qu’on sache et pour difficile que cela soit, aucun Bernard l’Hermite n’a préféré mourir étouffé.

 
 Gabrielle Rubin © tous droits réservés

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