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Éloge de l'interdit
Éloge de l'interdit



Sortie: 2010
Editions: Eyrolles

Du bon usage de la haine et du pardon
Du bon usage de la haine et du pardon



Sortie: 2007
Editions: Payot

"Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ?" est traduit en Italien !

- Actualités - Lundi 25 Août 2014


Chers lecteurs,
 
Je suis aujourd’hui fière et heureuse de vous annoncer la très prochaine publication de mon dernier ouvrage « Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? Essai sur nos prisons imaginaires » dans sa version italienne !
 
« Perché gli altri ce la fanno e io no? Saggio sulle nostre prigioni immaginarie » paraît en Italie aux éditions Koinè, et sera disponible dans les librairies italiennes dès le mois de septembre.
 
Je vous souhaite une excellente rentrée.
A très bientôt.
 
Avec toute mon amitié,
Gabrielle

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C’est la faute du Bernard l’Hermite !

- Réflexions - Mercredi 09 Juillet 2014


C’est la faute du Bernard l’Hermite !
 
Ou, du moins, de celui que nous avons dans la tête.
Nous craignons tous les changements et même si notre nouvelle situation, notre nouvelle demeure ou notre nouveau travail nous plaisent, il reste, au fond de nous, la crainte de l’inconnu.

Une partie de nous a beau savoir que ce changement sera bénéfique, nous gardons quand même un vague sentiment de peur : qui sait de quoi sera fait l’avenir ?

Je prendrai un fragment de l’analyse de Georges pour illustrer un des moments clé de la cure analytique celui où, après un long travail, on arrive au moment où tous ces efforts doivent se traduire par des changements d’attitudes et d’habitudes.
Or c’est aussi le moment où les résistances se font les plus fortes, comme pour freiner la venue de cette nouvelle façon de concevoir sa vie.
Le patient est désormais capable d’abandonner la structure défensive  (pour Georges sa prétendue nullité) qu’il avait mise en place pour se protéger, mais encore faut–il pour cela que la crainte inconsciente que lui inspire ce changement de perspective se fasse moins contraignante.

George était intelligent, ses capacités professionnelles étaient reconnues, il avait un caractère agréable et une grande disponibilité pour ses amis.
Et pourtant sa vie, disait–il, était faite de médiocrité : un travail peu intéressant, pas d’amis intimes, et pas de compagne avec laquelle construire le couple solide qui lui aurait permis de fonder une famille heureuse.
D’ailleurs, ajoutait–il lorsqu’il parlait de lui–même, tout en lui était étriqué : son salaire était convenable mais suffisait seulement à le faire vivre, ce qui lui interdisait les voyages merveilleux que faisaient ‘les Autres’. Ses amours étaient agréables, mais ni durables ni enthousiasmantes. Il aimait lire, allait  aux expositions et au cinéma mais il était incapable ensuite d’en parler avec pertinence et passion, comme le faisaient tous ‘les Autres’.
Voilà, m’avait–il dit un jour, je suis incapable de me passionner. Moi, je suis gris. Tellement inexistant que lorsque je suis allé à une ou deux de ces soirées qu’on organise pour les célibataires, les dames ont fini par me confondre avec le papier mural.
Je lui avais fait remarquer que s’il regrettait de ne pas être plus ‘visible’ c’est qu’il en éprouvait le désir, et que s’il voulait bien admettre que tout désir ne cache pas forcément un danger, il pourrait en prendre le risque et devenir visible, et même être recherché.
Un premier pas avait été franchi lorsqu’il avait admis cette possibilité mais, malgré un certain nombre de progrès, Georges ne changeait pas vraiment : il était enfermé dans une forteresse interne qui, si elle lui interdisait tout épanouissement, lui semblait aussi le mettre à l’abri du danger.
Presque tous nos choix nous sont dictés par la nécessité. Quelle impérieuse nécessité avait donc contraint Georges à s’entourer de murs aussi épais ?
La réponse est presque à coup sûr : pour ne pas revivre les souffrances de l’enfance. Et il en était bien ainsi pour lui.
Je savais qu’il n’avait pas eu une mère ‘suffisamment bonne’ et que cette douleur demeurait gravée en lui. Mais le mur qui avait autrefois assuré sa survie psychique restait malheureusement agissant dans sa vie d’adulte et l’empêchait de voir qu’il était maintenant devenu obsolète et nuisible.
Il était évident qu’il fallait sortir de ce piège mais ce changement bouleversait tant de choses, lui semblait si dangereux, qu’il se refusait à tenter l’aventure.
Je me demandais comment aider mon patient lorsque la lecture d’un article sur le Bernard l’Hermite m’a aidée à faire bouger les lignes en me donnant l’idée de comparer les difficultés –physiques– de ce crustacé avec les difficultés –psychiques– de Georges.
J’espérais, grâce à ce détour par le réel, parvenir à mobiliser son imagination et à la mettre au service du changement.
Le Bernard l’Hermite (ou Pagure) dont les enfants s’amusent à ramasser les coquilles vides sur la plage, est un animal marin extrêmement répandu, qui a une particularité, celle d’être un perpétuel squatteur.
Il trouve probablement plus commode et moins fatigant de s’emparer d’une coquille vide pour s’y loger, plutôt que d’avoir à la fabriquer.
Mais comme toute chose, cela présente aussi certains inconvénients. En effet, la première coquille que choisit et occupe le jeune Pagure est à sa taille, il s’y love donc aisément, et se servant de l’énorme pince de sa patte droite pour en fermer l’ouverture, il s’y trouve parfaitement à l’abri des prédateurs.
Mais lorsqu’il grandit cette demeure devient trop petite pour lui et, au lieu de le protéger, elle risque de l’étouffer.
Il ne lui reste dès lors que deux possibilités : ou bien y demeurer et  mourir asphyxié, ou bien s’en extraire pour aller chercher un autre abri du même type, mais plus spacieux.
Il y a cependant un problème : si le Pagure est un crustacé en ce qui concerne la première moitié de son corps, la deuxième partie est par contre sans aucune protection et donc dangereusement exposée lorsqu’il est hors de sa coquille.
Partir à l’aventure c’est donc espérer vivre mieux mais aussi mettre sa vie en danger pendant le déménagement.
On peut comprendre que le malheureux crustacé ait des états d’âme : ou rester à l’abri et mourir étouffé, ou sortir pour trouver un avenir meilleur mais être une proie facile pendant qu’il cherche sa nouvelle demeure.
Georges était resté silencieux durant mon petit discours et n’en était sorti que pour me dire qu’il n’y avait pas de solution : les deux possibilités étaient aussi désastreuses l’une que l’autre.
Le silence s’était ensuite installé jusqu’à la fin de la séance.
J’avais espéré l’entendre dire qu’il y avait quand même une différence, que rester enfermé c’était comme mourir étouffé alors que changer lui aurait offert l’espoir d’une vie meilleure.
Mais il était resté silencieux.
Il fallait attendre, c’était encore trop tôt pour lui.

En effet, accepter ce genre d’interprétation, c’est accepter aussi l’idée qu’on n’est pas la victime d’une fatalité injuste mais qu’on est (en partie) responsable de son sort, ce qui conduit tout naturellement à se demander ce que cette prison nous apporte de tellement précieux pour qu’on préfère renoncer au bonheur plutôt que de la quitter.
Chacun a ses raisons et, pour Georges, les murailles qui l’enserraient au prix de sa liberté avaient une vertu essentielle, celle de le protéger de ce qu’il craignait le plus : se voir rejeter avec mépris s’il arrivait à trouver le courage de s’ouvrir à autrui.
Cela aurait en effet réactivé en lui la douleur qu’il ressentait lorsque sa mère avait cette attitude à son égard, ce qui avait été bien souvent le cas.
La piètre opinion que George avait de lui–même aboutissait à ce raisonnement : « Je n’ai rien d’intéressant à dire, comment pourrai–je retenir l’attention d’une personne –homme ou femme– tellement plus intéressante que moi ? Elle se demanderait surement quel toupet insensé me pousse à espérer devenir son ami ? » 
Et George préférait étouffer dans ses murs que de se poser la question qu’il redoutait : d’où venait donc cette crainte qui le paralysait ?
C’est que ce questionnement l’aurait fatalement amené à revisiter son enfance et à ce qu’il savait sans vouloir le savoir : la responsabilité de ses parents et surtout celle de sa mère dans son malheur.
Or il est terrible, il est insupportable de « découvrir » que de telles accusations sont méritées, car cela revient à devoir faire le deuil de la bonne mère qu’on croyait, contre toute évidence, avoir eue.
Et qu’on espérait désespérément retrouver un jour.
Ce qu’il exprimait dans les séances au sujet des raisons qui l’empêchaient d’avancer c’était un vague « Pas de chance, je suis nul, c’est ainsi, il faut bien l’accepter ».
Les murs imaginaires dont il s’était entouré avaient donc pour but de l’empêcher de penser, puisque cela l’aurait en quelque sorte conduit à devenir affectivement un orphelin.
Or nous sommes tous –et de façon innée– certains que notre mère nous aime et nous aimera toujours, qu’elle nous protègera quoi qu’il arrive, et qu’elle ne laissera jamais personne nous faire du mal.
Quel que soit le prix à payer, il nous faut sauvegarder ce fantasme-là, et donc abolir tout esprit critique à cet égard.
C’est un épisode de non–pensée, de ceux où on affirme une chose qu’à aucun moment on n’a soumise  à la réflexion.
Georges commençait cependant à désirer savoir mais, disait–il, il devait bien constater que le petit crustacé était plus courageux que lui.
Non, le Pagure n’était pas plus courageux que lui mais il était guidé par son instinct, lui dont tous les ancêtres, depuis des centaines de milliers d’années avaient pris le risque d’être dévorés plutôt que de mourir étouffés.
Nous sommes aussi en partie guidés par l’instinct, mais nous avons également une pensée qui nous donne la liberté de choisir notre chemin.
Et cette liberté, pour magnifique qu’elle soit, est aussi parfois bien difficile à assumer.
Il fallut encore un peu de temps à mon patient avant de pouvoir suivre l’exemple de « son ami Bernard » comme il l’appelait.
Mais je sus que le Pagure avait rempli sa mission lorsque Georges m’avait dit que chaque fois qu’il risquait de laisser sa peur du changement l’envahir, il se disait que si un Pagure l’avait dominée, il pouvait aussi y arriver.

« Bernard » représentait désormais le travail psychique qu’il avait fait durant ses années de psychanalyse et lui servait de point d’appui lorsqu’il se sentait faiblir car, pour autant qu’on sache et pour difficile que cela soit, aucun Bernard l’Hermite n’a préféré mourir étouffé.

 
 Gabrielle Rubin © tous droits réservés

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Plaidoyer pour la différence des sexes

- Réflexions - Jeudi 17 Avril 2014


Chers lecteurs,
Je vous présente aujourd'hui un texte qui m'a été inspiré par l'actualité. En effet, nombreux sont ceux qui paraissent désorientés par la théorie du genre.
En particulier, parents et enseignants sont souvent déstabilisés par la pression que l'on exerce sur eux, et culpabilisés.
J'espère leur apporter un éclairage différent.
La solution n'est pas de sacrifier une partie de sa féminité mais au contraire de la laisser s'épanouir totalement.
Avec toute mon amitié, Gabrielle.

Comme nous l’a enseigné Esope, tout peut être la meilleure ou la pire des choses, et les certitudes partagées n’échappent pas à cette règle. Mais si on prend le temps d’y réfléchir on parvient finalement à savoir si on doit les préserver ou les remplacer.

Certaines certitudes erronées comme, par exemple, "Le Soleil tourne autour de la Terre" ou "Il est impossible de faire voler un objet plus lourd que l’air" ont longtemps été des évidences pour le plus grand nombre, mais elles ont été abandonnées quand on a pu démontrer qu’il n’en était rien.

D’autres, comme la répartition sexuelle des tâches, ont pu avoir leur utilité lors de la préhistoire de l’humanité car il n’est pas impossible que cela ait eu pour but de mettre les mères –et donc les enfants– à l’abri des dangers de la chasse.
Mais il n’est que trop vrai que c’est ensuite devenu un instrument d’injustice et d’oppression, voire même d’esclavage, qu’il était nécessaire de faire disparaître le plus rapidement et le plus radicalement possible.

Toute société, comme tout individu, doit donc constamment remettre ses certitudes en question et en changer si elles sont nocives ou obsolètes.
Mais avant de "faire la toilette" de nos certitudes il nous faut avoir trouvé les points d’appui capables d’étayer la nouvelle façons de penser.
C’est d’ailleurs une précaution indispensable dans bien des domaines car elle concerne les individus, les sociétés et même les objets.

Ces derniers ne doivent en effet leur stabilité, leur fiabilité et leur utilité qu’à ce qui assure leur cohésion : vis, boulons, rivets, tenons/mortaises ou autres. Si on ôte les liens, tout s’effondre et on n’a plus devant soi qu’une inutilisable ruine.
Le parler populaire, qui traduit souvent des réalités cachées nous dit, lorsqu’un groupe menace de se déliter, qu’il faut "serrer les vis" et lorsque c’est impossible, on dit qu’il faut "déboulonner" celui qui fait obstacle.
Les liens qui tiennent ensemble notre psychisme sont immatériels mais ils sont soumis à la même nécessité de ne jamais ôter un "boulon psychique" avant de pouvoir lui en substituer un autre, à la fois semblable et différent.

Semblable, car il doit avoir certaines des indispensables qualités du précédent, mais différent parce que, tout en étant aussi puissant et aussi efficace, il doit être moins rigide et donc capable de s’adapter à de nouvelles nécessités.
Les théories du genre qui secouent actuellement l’opinion relèvent de cette problématique : faut–il abandonner notre certitude que chacun des deux sexe est –et doit demeurer– bien différencié, ou faut–il au contraire les rendre aussi semblables que possible?

Les philosophes débattent savamment de ce problème, mais j’aborderai ici cette question uniquement par ce qui, véhiculé par le tamtam des médias et du bouche à oreille, trouble et inquiète les simples citoyens.
Ce qu’ils lisent ou entendent leur propose –voire leur impose– d’accepter l’idée que, comme le disait la célèbre phrase de Simone de Beauvoir dans son livre ‘Le deuxième sexe’ : "On ne nait pas femme, on le devient" et on  ajoute que penser le sexe en tant que donnée biologique est une erreur, puisque c’est en réalité un fait de société. D’où il résulte que le vrai déterminant est le genre et non le sexe biologique, le genre étant ce qui décide de la masculinité ou de la féminité de chaque individu.

Il faut donc changer le regard de la société dans ce sens pour tendre à supprimer la différence entre le masculin et le féminin et rétablir ainsi l’égalité entre les deux sexes.

Cette façon de penser, qui mène in fine à l’indifférenciation sexuelle, me semble inadéquate et nocive car, là comme ailleurs, ce sont nos différences qui nous enrichissent.

Ce qui est exact par contre, c’est que les hommes et les femmes sont égaux, que la société doit les considérer ainsi et que chacun doit s’employer à faire triompher cette façon de penser.

Mais l’égalité n’est pas l’identité, et d’ailleurs ce n’est pas parce qu’elles sont des femmes que les hommes les ont infériorisées, c’est parce qu’il est commode d’avoir des esclaves à son service. Comment y renoncer si l’on n’y est pas obligé alors que même le plus miséreux des hommes a toujours à son service une esclave qui le sert : sa femme.

Freud nous a appris que les historiettes qu’on raconte en riant sont en réalité pleines d’enseignements[1].
En voici une qu’on racontait il y a quelques années : Aurélie avait longtemps été l’employée de maison d’une famille composée des parents et de leurs deux jeunes enfants. Elle était chargée du ménage, des courses et de la cuisine, et son salaire était convenable mais, après quelques années, elle avait quitté ses patrons avec leur accord.
Son ex patronne, rencontrée par hasard quelques années plus tard, lui avait demandé des ses nouvelles et elle avait voulu savoir si Aurélie était contente de sa nouvelle vie.
"Oui, avait répondu celle–ci, mais il y a vraiment trop de travail, car je dois faire le ménage, les courses et la cuisine, comme chez vous mais en plus je conduis et vais rechercher les trois enfants à l’école, je surveille leurs devoirs, je leur fais réciter leurs leçons, je prépare le dîner, et  je les mets au lit avant de ranger la cuisine et le salon. Et en plus, lorsque je vais me coucher morte de fatigue, ce monsieur veut encore qu’on fasse l’amour".
Effarée, l’ex patronne s’était exclamée : "Mais pourquoi ne quittez–vous pas un pareil patron ?" Et Aurélie de répondre "Ah, madame, je ne peux pas : c’est mon mari !".

Je propose donc cette phrase :
‘On ne nait pas esclave, on le devient’ pour affirmer que ce n’est pas le sexe biologique qui crée cet esclavage mais ceux qui se servent de cette discrimination sexuelle commode pour affirmer leur emprise et asseoir leur domination sur les femmes.

Ce système est même si efficace que lorsqu’on ne peut pas dominer une personne ou un groupe par ses propres qualités on le fait en l’infériorisant, ainsi qu’on le voit encore trop souvent envers ceux qui n’ont pas la "bonne" couleur de peau, la "bonne" religion, ni surtout le "bon" sexe.
Le problème n’est donc pas d’être une femme, c’est qu’on la considère comme une citoyenne de seconde zone.

Et par conséquent la solution n’est pas d’abandonner une part de sa féminité pour se faire accepter mais au contraire de l’affirmer en refusant toute infériorisation.

Il y a actuellement un ‘bourrage de crâne’ qui voudrait nous faire croire qu’on parviendra à l’égalité en rendant les femmes moins féminines et les hommes moins masculins, alors que le but à atteindre n’est pas d’uniformiser les sexes mais bien de faire en sorte qu’ils soient égaux et différents.

Nous n’en sommes pas encore là, et il reste beaucoup à faire pour obtenir l’égalité, mais dans les Congrès, lors de tables rondes ou à la T.V., on voit constamment débattre à égalité des hommes et des femmes.
Elles sont là en tant qu’expertes de haut niveau : économistes, médecins, climatologues, journalistes, astronautes, cinéastes, sportives, scientifiques de toutes les disciplines etc.
Certaines portent des vêtements très féminins, d’autres des habits plus neutres, mais il ne viendrait à l’esprit de personne, ni de l’animateur, ni de leurs collègues, ni surtout d’elles–mêmes, l’idée qu’elles pourraient être considérées comme inférieures parce qu’elles sont des femmes.
Car ce n’est ni le sexe ni la façon dont on est habillé(e) qu’on doit prendre en compte, c’est la compétence de chacune et de chacun.

C’est ce qu’a montré le film "La journée de la jupe", où l’on voit Isabelle Adjani aller jusqu’à faire le sacrifice de sa vie (tout en sauvant celle de l’élève qui l’avait rabaissée en tant que femme) pour être jugée non sur le fait qu’elle portait une jupe mais sur ses qualités d’enseignante.
Elle avait été acceptée par les petits mâles fanfarons de sa classe tant qu’elle avait porté un  pantalon[2] ce qui, à leurs yeux, la privait d’une part de sa féminité. Mais porter une jupe ? Holà ! C’était inacceptable, et seules les mères ont le droit de porter une jupe ou une robe car "Toutes les femmes sont des putes sauf ma mère" et "Fais le ménage et la cuisine, occupe–toi des enfants et tais–toi" est le credo de ces petits imbéciles.

Les enseignants sont confrontés à ce problème : si l’on demande aux enfants de dessiner une femme, ils ont tendance à lui mettre une robe et des bijoux. Est–ce un stéréotype ?

La réponse est oui, mais qui est nécessaire, parce que les enfants ont besoin de deux modèles différents d’identification pour se construire.
Et c’est aussi pour cela qu’il faut laisser les fillettes choisir librement une poupée plutôt qu’une mitraillette comme cadeau de Noël : elles apprennent ainsi leur futur rôle de mère.

C’est la différentiation qui est importante, pas la façon dont on la traduit : les Ecossais portent des jupes et n’en sont pas moins virils pour cela. Vouloir uniformiser les sexes est une erreur, car cela revient à confondre être égaux et être identiques. Nous devons être égaux et différents, car être égaux, ce n’est pas renoncer à s’affirmer en tant que femme, c’est s’épanouir en remplissant tout l’espace et toutes les possibilités que cela nous offre, alors qu’aller vers une identité entre hommes et femmes diminue nos facultés créatrices parce qu’elle nous propose l’uniformité d’un seul modèle.

Et aussi parce que la supériorité ou l’infériorité d’un être humain ne tient ni à son sexe, ni à sa couleur de peau, ni à sa religion, ni à sa place dans la société : elle ne peut être mesurée qu’à l’aune de ses qualités morales. 


Gabrielle Rubin © tous droits réservés
 


[1] S. Freud : Le mot d’esprit et ses rapports avec l’Inconscient.
[2] Il leur avait sans doute échappé que les pantalons que portent les femmes sont féminins, de même qu’elles n’achètent pas leurs bottines chez un chausseur pour hommes.

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