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Éloge de l'interdit
Éloge de l'interdit



Sortie: 2010
Editions: Eyrolles

Du bon usage de la haine et du pardon
Du bon usage de la haine et du pardon



Sortie: 2007
Editions: Payot

Psychologies Magazine de février 2014 est en kiosques !

- Actualités - Vendredi 31 Janvier 2014


Chers amis,
 
Je vous invite à découvrir le numéro de février de Psychologies Magazine, en kiosques cette semaine.

En pages 86-89, peut-être serez-vous intéressés par l’article intitulé « Pourquoi les autres réussissent… et pas moi ? »
C’est avec grand plaisir que j’ai répondu aux questions de Psychologies Magazine.
 
A très bientôt pour d’autres nouvelles.
 
Gabrielle






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Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? Essai sur nos prisons imaginaires - Sortie le 5 février !

- Actualités - Mercredi 22 Janvier 2014


Chers lecteurs,
 

J’ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie imminente de mon prochain livre !
 

« Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? – Essai sur nos prisons imaginaires » sera disponible dès le 5 février prochain, aux Editions Payot.
 

Je vous propose d’en découvrir ci-dessous le texte de présentation :
 

« Souffrir d'inhibition, c'est se croire médiocre alors qu'on ne l'est pas. C'est choisir systématiquement le ou la partenaire qui nous correspond le moins. C'est se résigner à n'être jamais tout à fait heureux, et parfois même à vivre dans le malheur. Pourtant, l'inhibition possède aussi des vertus, puisque c'est grâce à elle que nous ne cédons pas à toutes nos pulsions. Comment se fait-il donc qu'elle puisse se transformer en une force qui nous entrave et qui, dans certains cas tragiques, va jusqu'à contraindre les victimes d'abus ou les proies des pervers à ne pas pouvoir échapper à leurs bourreaux ? »
 

J'espère que cet ouvrage saura retenir votre attention.


Merci, et à très bientôt.

Avec toute mon amitié,
Gabrielle

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L’insoutenable poids de la culpabilité

- Réflexions - Jeudi 16 Janvier 2014


L’insoutenable poids de la culpabilité
Ou comment réparer une faute qu’on n’a pas commise ?



Chers lecteurs,
Je vous invite à découvrir ci-dessous une réflexion sur la culpabilité,
que j'ai rédigée spécialement pour ce blog.
Je vous souhaite une bonne lecture.
A très bientôt, avec toute mon amitié.
Gabrielle


Le sentiment qu’on a de sa propre culpabilité est l’un des plus destructeurs et des plus accablants que l’on puisse éprouver.
Celui qui nuit à une personne, qui l’a fait souffrir ou la lèse de quelque autre façon, est responsable de son acte et –s’il est sain d’esprit– on le juge coupable.
Mais nombreux sont ceux qui se sentent coupables sans savoir pourquoi ou, quand ils ont conscience de leur mal–être, ce n’est pas pour la vraie raison.
Il leur est dès lors très difficile de se débarrasser de ce qui les tourmente car le sentiment de culpabilité ne vient pas sanctionner une faute réelle, c’est un fantasme, un péché imaginaire sur lequel la réalité n’a pas de prise.
Comment en effet réparer une faute qu’on n’a pas commise ? 
J’ai souvent cité le cas des enfants abusés. Ils ne sont en rien responsables de ce qui leur est arrivé, mais ce sont pourtant eux qui se sentent sales, méprisables, avilis. Avec une image d’eux–mêmes aussi déplorable, comment pourraient–ils s’épanouir ? Alors que leurs tortionnaires se portent très bien et ne se sentent aucunement coupables.
Il y a un échange de rôles et c’est la victime qui porte le lourd –le très lourd– fardeau de la culpabilité.
 
Se pardonner en sacrifiant une partie de soi. 

Le cas de l’acteur Richard Berry est bien connu, puisqu’il l’a lui–même publiquement exposé lors d’une interview[1].
Il y explique combien sa vie a été perturbée par un sentiment de culpabilité que seul le don d’un de ses organes essentiels est parvenu à calmer.
Cette culpabilité avait pour origine la maladie génétique dont souffrait sa jeune sœur : durant toute son enfance, dit–il, lui avait eu le droit de sortir et de s’amuser alors qu’elle ne le pouvait pas. Devenu grand, il avait pu travailler, gagner sa vie, devenir célèbre même, mais pas elle.
« Toute ma vie j’ai essayé de réparer en donnant. Tout le temps. Mais ça n’a pas suffi à me déculpabiliser. Ce n’était pas assez, il a fallu que je lui donne une partie de moi ».
De quoi donc était–il coupable ? Lui avait–il fait du mal ? Était–il le responsable de sa maladie ? La lui avait–il inoculée ?
Evidemment non, et poser ces questions suffisent à montrer que Richard souffrait –et combien– d’une culpabilité purement imaginaire.
Je pense qu’il avait créé l’étrange fantasme qu’il n’y avait qu’une seule santé pour eux deux, et si la sienne était excellente c’était forcément parce qu’il en avait dépossédé sa sœur.
C’est donc déjà durant leur enfance qu’il s’était beaucoup occupé d’elle, restant près d’elle, la protégeant, remplaçant ainsi leurs parents qui étaient souvent absents à cause de leur travail.
C’était un enfant hyperactif et extrêmement curieux de tout. Il en donne comme exemple le fait qu’il ouvrait ses jouets pour voir comment c’était fait à l’intérieur, et dit que c’était cette même curiosité qui l’avait conduit plus tard à faire vingt ans de psychanalyse pour « regarder à l’intérieur de moi pour voir ce qu’il y avait ».
Certes, mais je pense pouvoir ajouter que s’il cherchait à savoir comment fonctionnaient ses jouets c’était aussi pour comprendre ce qui s’était détraqué chez sa sœur et arriver peut–être enfin à la réparer.
Devenu adulte, il avait d’abord cru que le scénario dans lequel il racontait l’histoire d’un homme qui portait la culpabilité de la mort de son frère parce qu’il n’avait pas pu le sauver quand ils étaient enfants, était de pure fiction avant de s’apercevoir qu’en fait c’était sa propre histoire qu’il décrivait.
C’est qu’entre temps il avait ouvert « la boîte noire » de son inconscient et il avait compris que : « j’avais raconté ma culpabilité par rapport à ma sœur malade ».
Mais même repérée, même exprimée, sa culpabilité était quand même toujours là, indéracinable.
Sa mère avait sauvé sa sœur durant son enfance en lui donnant un de ses reins mais, trente trois ans plus tard, son organisme l’avait rejeté, ce qui signifiait qu’elle était de nouveau en danger de mort.
Si lui–même et son frère s’étaient proposés comme donneurs, lui seul était compatible et ce serait donc lui qui devrait sacrifier un de ses reins pour qu’elle vive, ce qu’il avait aussitôt accepté.
Entre cette découverte et son opération il y avait eu deux années d’attente terriblement éprouvantes, deux années où il avait subi quantité d’examens médicaux destinés à contrôler sa santé et chaque fois le verdict avait été : oui, il était en excellente santé.
Il savait donc qu’il serait en parfait état en se rendant à la salle d’opération, mais il n’en serait plus de même lorsqu’il en serait ressorti.
Il décrit alors quels ont été ses sentiments, ses peurs, ses révoltes et ses espoirs durant ces deux années.
Au journaliste qui lui demandait si, depuis qu’il a donné un de ses reins, sa culpabilité a disparu il avait répondu « Oui, c’est fini. J’ai fait ce que j’avais à faire. On est à égalité », avant de dire qu’il n’aurait pas pu vivre avec lui–même s’il n’avait pas fait ce don.
Nous savons qu’il n’était pourtant en rien coupable et qu’avant d’avoir accepté ce sacrifice Richard Berry avait montré un amour fraternel, un courage et un sens du devoir exceptionnels.
Il aurait donc pu, à juste titre et sans forfanterie, se sentir fier de ce qu’il avait fait jusque là mais c’était sans compter avec sa culpabilité qui venait tout minimiser et qu’il ne trouvait donc pas à la mesure de sa faute.
Il fallait qu’il puisse dire « On est à égalité » c’est–à–dire nous avons désormais le même problème, le même handicap : j’avais la santé et toi la maladie, ce qui est injuste. Maintenant nous sommes semblables.
 
La culpabilité d’être nés
 
Richard se sentait coupable de posséder une chose très précieuse (la santé) dont sa sœur était privée.
Mais il y en a beaucoup d’autres qui se sentent tout simplement coupables d’exister. 
Ce sont généralement les enfants non désirés et/ou peu aimés, et qui ignorent la cause  de leur mal–être ou de leurs échecs. Or il faut, pour qu’ils puissent sortir de leur malheur, qu’ils découvrent cette cause, puis qu’ils la reconnaissent comme n’étant pas la leur.
Mon deuxième cas sera donc celui de Marie–Claude, une femme d’une cinquantaine d’années qui, disait–elle, venait me voir en dernier recours et sans grand espoir car, quoi qu’elle fasse, tout finissait par mal tourner.

Elle avait été mariée mais avait divorcé pour des raisons qui lui semblaient maintenant futiles. Elle pensait aussi avoir été une bonne mère pour ses enfants, mais elle ne les voyait presque plus depuis ces dernières années.

Sur ma demande, elle m’avait répondu que ce n’était pas à la suite de disputes, mais que ça s’était fait comme ça, peu à peu et sans raison précise.
De toute façon quel exemple avait–elle à leur offrir ?
Elle avait autrefois travaillé convenablement, puis avec de moins en moins de plaisir et d’intérêt, si bien que lorsqu’on lui avait proposé des indemnités pour faciliter son départ elle avait accepté.
Elle avait pensé que cela lui permettrait de réfléchir et de faire le point sur sa vie pour enfin repartir du bon pied. Mais cela ne c’était pas produit et, son pécule diminuant, elle avait été obligée de retourner vivre chez sa mère. Cette cohabitation lui pesait car elles ne s’entendait pas avec elle, et elle ne se sentait bien que lorsque celle–ci partait en vacances ce qui, heureusement, était assez fréquent.

La thérapie se déroulait normalement même si les progrès étaient modestes, jusqu’au moment où le suicide de son père vint tout bouleverser. Il était parti vivre à l’étranger après son divorce et elle ne le voyait plus depuis des années. Mais n’importe c’était de sa faute s’il s’était suicidé.
C’est en pleurant qu’elle m’avait expliqué que ses parents s’étaient mariés très jeunes parce qu’ils y avaient été obligés à cause d’elle : dans une famille et un village de pêcheurs on ne plaisantait pas à cette époque là avec la virginité des filles et la seule solution, pour éviter le déshonneur, c’était un mariage rapide.
Mais ils étaient jeunes, bien trop jeunes pour avoir un enfant, et ils avaient fini par divorcer. C’était à cause d’elle que, devant l’échec de leur mariage, son père était parti refaire sa vie au loin et que, deux ans plus tard, sa mère s’était remariée et qu’elle était partie s’installer à l’autre bout de la France, en la confiant à sa grand–mère.

C’était donc bien à cause d’elle que ses parents s’étaient séparés et que son père s’était suicidé : s’il était resté au pays, parmi les siens, il ne l’aurait jamais fait.
J’avais plusieurs fois essayé de lui montrer que ce n’était pas elle qui avait décidé de naître et qu’elle n’était donc pour rien ni dans le divorce de ses parents, ni dans le suicide de son père, ni dans le fait que sa mère l’ait laissée à la garde de sa grand mère lors de son remariage, rien n’y faisait et cet abandon lui apparaissait comme un juste châtiment.

Tout en refusant catégoriquement de changer d’avis au sujet de cette culpabilité imaginaire, Marie–Claude continuait cependant à venir régulièrement à ses séances, alors que je commençais moi–même à me demander si mon travail était vraiment utile. Nous avons cependant poursuivi la thérapie, en espérant qu’elle continuerait à agir secrètement.
Et s’est ce qui s’était finalement produit.
Elle était un jour arrivée détendue à sa séance –elle qui ne l’avait jamais été– et elle s’était écriée, en brandissant un carnet : regardez ce que j’ai trouvé dans un tiroir du secrétaire de ma mère, c’est notre livret de famille ! 
Et savez–vous ce que j’ai découvert ? C’est que je suis née plus d’un an après leur mariage !
Elle se demanda longuement ensuite comment il se faisait que tout en ayant utilisé ce livret lors de démarches administratives elle ne s’en était pas rendue compte plus tôt et pourquoi elle avait continué à penser que c’était sa naissance qui était la cause de leur mariage et donc de leur divorce.
Cette découverte avait eu un effet bénéfique car elle s’était enfin autorisée à se débarrasser de cette partie là de sa culpabilité.

Mais on ne s’en délivre pas aussi facilement et si elle avait accepté l’idée qu’elle n’était pas responsable de leur mariage hâtif, elle restait quand même persuadée que sans elle ils auraient continué à être des amoureux au lieu de devoir être des parents.
Ce fantasme là fut plus difficile encore à maîtriser car s’il était évident que ce n’était toujours pas elle qui était responsable de sa naissance, elle avait entendu sa mère dire que si sa fille vivait avec sa grand mère c’était parce   que son mari l’exigeait et qu’elle ne voulait pas gâcher ce mariage là aussi.
Nous avons donc continué notre travail et Marie–Claude avait peu–à–peu retrouvé un certain plaisir de vivre. Elle avait renoué avec deux de ses enfants et s’impliquait dans un travail qui lui plaisait.
Elle avait aussi exprimé ses regrets à son mari et leurs rapports étaient désormais amicaux.

Tout allait donc mieux, mais une grande partie de sa vie avait été abîmée par son fantasme de culpabilité et, comme elle me l’avait dit en me quittant : « Nous avons fait du bon travail mais j’ai gâché les meilleures années de ma vie et cela est irrémédiable car le temps perdu est perdu ».
 
 

© Gabrielle Rubin 2014
 
                                                                                                                                              


[1] Psychologies Magazine, n° 251, Avril 2006, et Marie Berry, dans son livre Le Don de Soi, paru en 2005 et destiné à sensibiliser le public à l’importance des dons d’organes, confirme les intenses angoisses de culpabilité de son frère.
  
 


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