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Éloge de l'interdit
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Sortie: 2010
Editions: Eyrolles

Du bon usage de la haine et du pardon
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Sortie: 2007
Editions: Payot

L’argent du psychanalyste

- Réflexions - Lundi 31 Mars 2014


Chers lecteurs,
Je vous propose aujourd'hui ce texte que j'ai rédigé spécialement à votre intention.
Je serai, comme à l'accoutumée, heureuse de lire vos réactions et commentaires.
Vous pouvez me contacter via l'onglet "contact" du site.
Bonne lecture, et à bientôt.
Très amicalement,
Gabrielle


La relation entre adultes doit être égalitaire pour être satisfaisante car lorsque cette réciprocité n’est pas respectée –que ce soit entre personnes ou entre groupes– elle mène forcément à la domination de l’un sur l’autre. Ou, pire encore, elle aboutit à l’asservissement de l’un par l’autre.
En effet, lorsqu’on donne son amour, son temps ou son aide à un autre, ce don crée inévitablement une dette. Et toute dette doit être apurée le plus rapidement possible, non pour le bien du donneur mais pour la délivrance celui qui a reçu le don.
Il y a une seule exception à cette règle, celle qui concerne le petit enfant car il est normal que ses parents lui donnent tout sans rien en attendre en retour : ils sont assez récompensés par sa seule présence. Encore faut–il que cette situation change au fur et à mesure que l’enfant grandit, pour devenir égalitaire lorsqu’il sera adulte.
Dans tous les autres cas, le don à sens unique mène à un déséquilibre qui engendre un rapport inégalitaire, et celui–ci aboutit in fine à un rapport de type dominateur/dominé et à une auto–dévalorisation du redevable.
Il y a souvent un décalage dans le temps entre le don et son apurement, mais l’important est que les partenaires sachent que cela sera fait.
 
Pour rendre un échange égalitaire, un artisan, un ingénieur, un médecin, qui ont donné leur temps et leur savoir à un client, reçoivent de lui l’argent –facture ou honoraires– qui annule la dette.
Il en va un peu différemment pour le psychanalyste : lui aussi reçoit des honoraires de la part de son patient mais un autre rapport –invisible–  vient s’y ajouter, celui que crée le transfert[1].
À cause de celui–ci le patient, redevenu momentanément l’enfant qu’il fut, projette sur son psychanalyste les imagos parentales d’autrefois et celles des personnes qui sont importantes à ses yeux.
La relation, durant le temps de la séance, ne peut donc être qu’inégalitaire.
C’est le paiement qui permet de rétablir l’équilibre et c’est pour cela qu’il doit être –au moins partiellement– effectué par le patient lui–même.
Sans cela, en effet, le psychanalyste aurait pu dire qu’il donnait de son temps et de son savoir pour venir en aide au patient sans rien recevoir en retour, lui imposant ainsi un rapport inégalitaire durable qui l’empêcherait de retrouver son statut d’adulte.
C’est par l’acte de le payer que le patient rétablit l’égalité, au moyen de l’argent qu’il a lui–même gagné par son travail et son savoir.
(Ce n’est qu’un des aspects de l’échange égalitaire, puisqu’il ne concerne que l’argent, alors que les dettes créées par les dons d’amour exigent de l’amour en retour, ainsi que nous le verrons plus loin).
C’est cette exigence de réciprocité qui différencie radicalement  la psychanalyse des sectes : leurs affiliés ne sont en effet jamais dans une relation égalitaire avec le chef et s’il lui donnent tout leur argent il n’y a, de sa part, aucune réciprocité. Il est le père adoré, celui auquel on donne tout sans rien lui demander en échange, sauf d’exister. Et donc, bizarrement, c’est lui qui se comporte comme un enfant, avec la différence essentielle que lui sait parfaitement ce qu’il fait : il manipule ses adorateurs en leur faisant croire qu’il leur en  donne infiniment plus qu’ils ne pourront jamais lui en donner eux–mêmes.
C’est encore le même type de mécanismes qui sépare les dictatures des démocraties.
Dans une démocratie, en effet, la relation dirigeant/citoyens est inégalitaire mais, au bout de quelques années, les élections rétablissent l’égalité, que viennent aussi conforter les élections intermédiaires, les sondages, la liberté de la presse et jusqu’aux manifestations, qui peuvent parfois aboutir à la démission du dirigeant. Ce que, bien évidemment, aucune dictature ne peut permettre.
 
Ces exemples n’abordent qu’un des aspects de l’échange, ceux qui concernent son côté social ou professionnel, alors que les dons d’amour exigent de l’amour en retour et qu’ils ne peuvent pas être codifiés.
Dans les rapports parents/enfants, par exemple, le don d’amour des parents peut n’être apuré que très tard, lorsqu’ils seront devenus vieux et que les rôles seront inversés.
D’un autre côté l’égalisation de l’échange peut parfois sembler injuste vue de l’extérieur, mais la balance des échanges matériels n’est pas celle des échanges affectifs. Pour ces dernières, un sourire, un merci, une poignée de main chaleureuse –toutes choses qui reconnaissent la valeur de ce qu’on a reçu– peuvent suffire à effacer la dette.
 
C’est à une nécessité un peu différente que répond l’obligation de faire payer les séances auxquelles le patient ne s’est pas rendu, obligation que l’on trouve généralement encore plus abusive que la première.
Or chaque séance représente un espace de temps inviolable, un temps exclusivement réservé à ce patient particulier, et si celui–ci ne se présente pas le psychanalyste n’a pas le droit de le remplacer par un autre, tant il est nécessaire de ne pas reproduire la situation si douloureuse d’autrefois, quand il avait craint qu’un nouveau venu ne le dépossède de sa place.
Garder ce temps exclusivement pour lui permet au patient de ne pas se présenter ou de se présenter à n’importe quel moment du temps qui lui appartient, à lui et à nul autre.
Même s’il n’est pas physiquement là, il occupe affectivement cette place qui est la sienne.
C’est aussi pour cela qu’on demande au patient qui est dans l’obligation d’annuler une séance, d’en avertir un temps minimum (généralement un jour ou deux) à l’avance.
Ce faisant, il rend libre cet espace de temps : celui–ci ne lui appartient plus et le psychanalyste peut en disposer à sa guise. Il n’a donc pas à le payer.
C’est aussi pour écarter ce retour à des traumatismes enfantins que les patients ne doivent pas se croiser chez leur psychanalyste ; pour ma part, je m’octroyais un temps de repos d’un quart d’heure entre chaque patient.
Mais on ne maîtrise pas tout et une patiente s’étant trompée d’heure, elle avait sonné à ma porte au moment où je l’ouvrais en disant au revoir au précédent et j’ai donc du lui demander de revenir à l’heure convenue.
Elle me dit à son à son retour que ce quart d’heure avait été l’un des pires moments de sa vie car si elle savait bien que j’avais d’autres patients, le fait de le constater de ses yeux l’avait replongée dans la rage et la douleur de ses trois ans.
Elle avait cependant déjà fait beaucoup de travail et ce qui aurait pu être désastreux fut au contraire bénéfique en lui faisant admettre plus rapidement que prévu que je pouvais avoir d’autres patients sans pour cela la léser, tout comme autrefois sa mère avait eu d’autres enfants sans l’aimer moins pour cela car chacun avait sa place, intangible.
J’ai pris pour modèle l’exemple psychanalyste parce qu’il est simple : c’est un échange égalitaire à travers un médiateur très visible : l’argent.
Il en va d’ailleurs de même lorsque le donataire ne peut rétablir l’égalité, comme le montre le cas inversé d’un escroc qui a ruiné ceux qui ont le malheur de lui avoir fait confiance.
Il s’agit là, à l’évidence, d’un échange matériel inégalitaire que le coupable ne peut pas compenser. Mais c’est alors à nous tous, c’est–à–dire à l’Etat, de rétablir l’égalité. Et c’est lorsque la punition que lui a infligé la Justice sera accomplie que le coupable aura symboliquement  « payé sa dette ».
Il n’en va pas de même avec les dons d’amour ou d’amitié car il est impossible d’en simplifier l’échange et que c’est aux seuls protagonistes d’en décider.
Mais en chercher le moyen est déjà important, puisque c’est reconnaître qu’on a reçu un don affectif précieux.


Gabrielle Rubin © tous droits réservés


[1] J’examinerai cette relation sous l’angle de l’argent, à la fois parce que c’est un acte important et parce que c’est le plus simple à décrypter.

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Psychologies Magazine de février 2014 est en kiosques !

- Actualités - Vendredi 31 Janvier 2014


Chers amis,
 
Je vous invite à découvrir le numéro de février de Psychologies Magazine, en kiosques cette semaine.

En pages 86-89, peut-être serez-vous intéressés par l’article intitulé « Pourquoi les autres réussissent… et pas moi ? »
C’est avec grand plaisir que j’ai répondu aux questions de Psychologies Magazine.
 
A très bientôt pour d’autres nouvelles.
 
Gabrielle






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Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? Essai sur nos prisons imaginaires - Sortie le 5 février !

- Actualités - Mercredi 22 Janvier 2014


Chers lecteurs,
 

J’ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie imminente de mon prochain livre !
 

« Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? – Essai sur nos prisons imaginaires » sera disponible dès le 5 février prochain, aux Editions Payot.
 

Je vous propose d’en découvrir ci-dessous le texte de présentation :
 

« Souffrir d'inhibition, c'est se croire médiocre alors qu'on ne l'est pas. C'est choisir systématiquement le ou la partenaire qui nous correspond le moins. C'est se résigner à n'être jamais tout à fait heureux, et parfois même à vivre dans le malheur. Pourtant, l'inhibition possède aussi des vertus, puisque c'est grâce à elle que nous ne cédons pas à toutes nos pulsions. Comment se fait-il donc qu'elle puisse se transformer en une force qui nous entrave et qui, dans certains cas tragiques, va jusqu'à contraindre les victimes d'abus ou les proies des pervers à ne pas pouvoir échapper à leurs bourreaux ? »
 

J'espère que cet ouvrage saura retenir votre attention.


Merci, et à très bientôt.

Avec toute mon amitié,
Gabrielle

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