A découvrir

Éloge de l'interdit
Éloge de l'interdit



Sortie: 2010
Editions: Eyrolles

Du bon usage de la haine et du pardon
Du bon usage de la haine et du pardon



Sortie: 2007
Editions: Payot

"L'omnipotence revendiquée" (Travail du deuil, travail de vie)

- Questions / Réponses - Vendredi 26 Juillet 2013


Chers lecteurs,

Je partage aujourd'hui avec vous la question que j'ai reçue, via ce blog, de la part d'Eddy. Il s'interroge au sujet d'une référence à "l'omnipotence revendiquée" dans mon livre "Travail du deuil, travail de vie".

Je vous fais part ci-dessous de ma réponse.
J'espère qu'elle vous satisfera.

N'hésitez pas à votre tour à m'envoyer vos questions et commentaires via le formulaire de contact de ce site.

Merci pour votre visite, et à très bientôt.
Amicalement,
Gabrielle

 
Eddy : Dans votre livre "Travail du deuil, travail de vie", vous écrivez sous le titre "Paul ou l’omnipotence revendiquée" (page 196) que ce patient se présentait comme une personne d’une grande humilité, qu’une constante dépréciation de lui–même avait cantonné –malgré d’évidentes qualités, dans des rôles relativement subalternes, tandis que la psychanalyse avait révélé, réfugiée au plus profond de son Inconscient, une extrême enflure narcissique.
Et vous dites plus loin que c’est par une pensée magique toute puissante inconsciente qu’il prenait sa revanche et que c’était cela qui l’empêchait de se réaliser. Pouvez–vous m’expliquer cette phrase ?


Ma réponse :
Lorsqu’un enfant n’a pas reçu assez d’amour, en général il en conclut qu’il ne vaut pas grand chose.
Mais certains, pour se protéger, fantasment tout le contraire et pensent inconsciemment qu’ils sont des super génies et qu’un jour tous –et surtout leurs parents–  devront le reconnaître.

Au niveau du conscient cependant ils savent bien que "le génie est une longue patience" et que c’est "90% de transpiration et 10% d’inspiration".

Un écrivain, par exemple, va écrire un premier roman intéressant mais qui ne trouvera pas d’éditeur, puis un deuxième qu’il devra retravailler et cela jusqu’au moment où il publiera un ouvrage remarquable et peut–être après cela une œuvre de génie.

La caractéristique du sentiment de toute puissance est au contraire que c’est par un coup de baguette magique qu’on publie une œuvre de génie et cela sans avoir à fournir d’effort. Mais on ne peut pas concilier l’inconciliable : si l’on tient compte de la réalité extérieure on n’est plus dans l’omnipotence et écrire une œuvre de génie sans faire d’efforts est impossible.

C’est donc bien l’omnipotence de Paul qui l’empêchait de se mettre à l’ouvrage et de produire, grâce à son talent mais aussi par à un travail acharné, une œuvre valable.
 

Lire la suite...

"Laisse-moi penser avec ma tête"

- Réflexions - Vendredi 12 Juillet 2013


Chers lecteurs,

"Laisse-moi penser avec ma tête" est un texte inédit que j'ai rédigé exclusivement pour ce blog.

Je vous en souhaite bonne lecture.

Avec toute mon amitié,
Gabrielle



C’est ce qu’avait demandé un garçon d’une dizaine d’années à son père qui essayait de le persuader de la justesse de ses idées.
« Laisse–moi penser avec ma tête ». Cette phrase, sous sa formulation drolatique, montre que cet adolescent arrivait au moment où l’on sait distinguer entre le permis et l’interdit et où on respecte la Loi non pas parce qu’on obéit à ses parents mais parce qu’on l’a choisi par soi–même et en connaissance de cause.

Cela n’est pas toujours facile et même les adultes ont du mal à ‘penser avec leur tête’ tant est forte la pression qu’exerce la pensée dominante sur notre esprit.
Or si on observe de près comment la pensée [qui se veut] unique réussit à nous captiver, on constate qu’elle a utilisé pour cela notre bonté native et on s’aperçoit que la meilleure façon de nous convaincre d’adhérer à une idée puis de la propager, c’est de nous affirmer que grâce à elle la société sera meilleure et les hommes plus heureux.

Nous sommes vraiment de êtres bizarres ! Qui pourrait penser que nous,  qui ne cessons de nous entre–tuer avec des armes blanches, des armes chimiques, des armes atomiques, qui élisons les pires dictateurs, ou qui acceptons sans réserve des religions qui nous mènent à détruire nos frères, qui pourrait penser que notre plus cher désir est d’être bons ?

Et pourtant…
C’est bien grâce à notre désir d’être reconnus comme étant un homme ou une femme de bien que nous prêtons l’oreille aux idées nouvelles, puis y adhérons, puis en devenons les ardents défenseurs.
Mais parmi les idées nouvelles, certaines sont bonnes, d’autre sont mauvaises et d’autres encore peuvent être gardée moyennant des améliorations, et il serait donc sage de ‘penser avec sa tête’ pour en juger.

Encore faudrait–il qu’on nous en laisse le temps.

À l’origine d’une pensée triomphante il y a une personne qui est sure d’avoir découvert le moyen de rendre les humains plus heureux et l’humanité meilleure.
Puis cette personne, enthousiasmée d’avoir enfin trouvé une réponse à ce difficile problème veut la communiquer à d’autres, et la puissance de sa certitude est telle qu’un petit groupe de disciples s’unit à ce leader pour former une minorité agissante.
Ils sont sincèrement surs de détenir La Vérité et que l’imposer à tous est le meilleur moyen de rendre les gens plus heureux et plus fraternels.
Le leader et ses disciples –de plus en plus nombreux– s’en vont prêchant cette universelle bonté, et comme nous adorons nous sentir bons des cercles de plus en plus larges adhérent à la nouvelle doctrine.
La troisième phase est moins plaisante : c’est que des profiteurs prennent peu à peu la place des premiers disciples. Ceux–là n’on rien à faire de la bonté, ce qui les intéresse c’est le pouvoir et le profit.

Alors ‘‘la Pensée Admirable’’, si consolante et si exaltante, qui nous permettait de nous sentir bons et qui est désormais capturée par des prédateurs, se délite en quelques dizaines années ou de siècles et une autre prend sa place.

Quelle était, par exemple, l’intention des premiers Communistes ? Rendre les sociétés plus justes et les êtres humains plus accueillants, rendre désormais impossibles les guerres et donner à chacun ce qui lui est nécessaire.

Qui n’aurait souscrit à un but aussi séduisant ? Chacun, en le faisant sien, se sentait devenir meilleur et prêt à sacrifier son temps, son argent et jusqu’à sa vie pour défendre une aussi noble cause.
On sait ce qui s’en est suivi : des millions de morts, le Goulag, Pol Pot, j’en passe et des meilleures.
Le message de Jésus était aussi d’une radieuse bonté et Saint Paul, paraphrasant le Christ a pu écrire « Tu aimeras ton prochain comme toi–même » et Mathieu « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite tend  lui encore la joue gauche » ce qui revient à dire que si un ennemi nous agresse, nous devons le désarmer en touchant son cœur par la bonté, car la bonté est contagieuse et capable de convertir les plus mauvais.
Ce sont, sans conteste, d’admirables messages.

Les luttes fratricides entre catholiques et protestants ont cependant duré plusieurs siècles (il n’y a que quelques années qu’elles se sont apaisées en Irlande) et causé des milliers de morts, de même que la bonne et généreuse intention de convertir les Indiens d’Amériques pour leur offrir, avec la joie d’adorer enfin le vrai Dieu, la certitude d’assurer leur bonheur dans la vie future les a pratiquement exterminés en ouvrant le chemin aux Conquistadors.

Même les pires des bourreaux font appel à ce qu’il y a de bon dans leurs militants : Hitler disait–il aux nazis qu’ils étaient des méchants et que ce qu’il leur offrait c’était les joies du sadisme ?
Evidemment non. Ce qu’il leur offrait, c’était de prouver leur immense amour à leur Mère l’Allemagne en la débarrassant de ces « choses » impures qui la souillaient. Tout comme les intégristes sont persuadés quand, ceinturés d’explosifs ils vont tuer hommes, femmes et enfants, qu’ils servent la plus noble des causes, celle de supprimer les ennemis du vrai Dieu et de son Prophète.

 ‘’Chosifier’’ sa victime étant la caractéristique du pervers ils s’en vont, l’esprit léger et le cœur content, commettre les pires horreurs en étant surs d’être  bons et donc d’être aimés de Dieu le Père.
On pourrait écrire, en paraphrasant Madame Roland « Ô bonté, combien de crimes sont commis en ton nom ! »
 
Mais d’où nous vient donc le désir passionné d’être reconnus –et de se reconnaître– comme étant pleins de bonté ?

C’est, comme toujours, de l’enfance : le bébé éprouve un immense amour pour sa mère et même si cet amour fou se tempère peu à peu il en reste assez pour qu’on se souvienne –au moins inconsciemment– que le sourire de notre maman accompagné d’un « tu es un bon petit garçon  ou une bonne petite fille » signifiait qu’elle nous aimait, ce qui nous ouvrait les porte du Paradis.
Tout comme « tu es un méchant enfant » et ses yeux courroucés, en nous faisant croire qu’elle ne nous aimait plus, nous ouvraient celles de l’Enfer.

Une variante actuelle de ce désir est d’être modernes et malheur à ceux qui doutent qu’il faille être ainsi en tout, ils sont aussitôt voués aux gémonies.

Être moderne, considérer tout ce qui a été fait avant nous comme obsolète, nous met au contraire du côté du bien, et nous assure que nous ne somme pas de la race de ces arriérés, de ces ‘réacs’ à l’esprit borné, de ces gens qui s’opposent vers notre marche en avant, vers une société meilleure et plus fraternelle.
Ceux–là, de leur côté, accusent les premiers d’assassiner la société, de violer les règles de la Nature et de faire le malheur de l’humanité.

Il est difficile de penser librement dans cette cacophonie, mais comme ne pas choisir ‘’le bon côté’’ engendre la terreur d’être rejetés et d’être un ‘’méchant enfant’’ il s’ensuit aussi une paralysie de la pensée.

Il faudrait –bien sur !– examiner calmement chaque proposition et y réfléchir librement : accepter celles qui font progresser la société, refuser la dernière lubie à la mode et faire évoluer ce qui peut l’être.
Notre faculté de raisonner est le seul outil qui nous permette de séparer le convenable de l’absurde. Alors, ne pensez pas à notre place, nous voulons penser avec notre propre tête.

Gabrielle Rubin © tous droits réservés

Image courtesy of Salvatore Vuono / FreeDigitalPhotos.net

Lire la suite...

Serge et le "retour du refoulé"

- Questions / Réponses - Mercredi 03 Juillet 2013


Chers lecteurs,

Aujourd'hui, j'ai reçu une question de Serge, lycéen, qui s'interroge sur le "retour du refoulé". Je lui réponds par l'intérmédiaire de ce blog, en espérant que mes explications seront utiles à d'autres.

Amicalement,
Gabrielle

Serge : "Le prof nous avait donné un devoir sur le retour du refoulé. Je ne comprends pas ce que c’est. Pouvez–vous m’aider ?"
 
Gabrielle : Je te donne une réponse simplifiée :
Je pense que tu sais déjà que nous oublions (refoulons dans l’Inconscient) tout ce dont le souvenir nous déplait ou nous fait souffrir : le mal que nous avons fait ou celui qu’on nous à fait, un acte honteux (de nous–mêmes ou d’un de nos proches) une phrase que nous regrettons d’avoir dite, etc.

Mais une fois refoulé, le souvenir n’est pas effacé pour autant et il n’a qu’un désir, refaire surface. Mais comme il est parti dans l’Inconscient nous n’en savons rien.

Imagine le duo Conscient/Inconscient comme deux pays voisins, séparés par une frontière gardée par des douaniers. Le pays « Conscient » se débarrasse de ses indésirables en les refoulant dans le pays « Inconscient ».
Il croit s’en être délivré mais, comme toujours, les refoulés n ‘ont qu’une idée, retourner d’où ils viennent.

Alors, malgré les douaniers et les gardes frontières (la Censure) il y a des clandestins qui arrivent à passer à travers les mailles du filet en se déguisant en lapsus, en actes manqués et surtout en rêves.
Grâce à cet artifice les douaniers/Censure ne les reconnaissent pas, mais le problème n’est pas résolu pour autant car pour perdre leur nocivité il faut qu’ils passent par une Interprétation psychanalytique.

Ils sont alors acceptés par le Conscient auquel ils ne créent plus (ou beaucoup moins) de problèmes.
Nous dépensons une importante quantité d’énergie pour maintenir le refoulement : c’est de l’énergie liée, qui redevient de l’énergie libre et qui peut alors être utilisée pour d’autres tâches après la levée du refoulement.
 

Lire la suite...