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Condamnés à naître orphelins

- Réflexions - Lundi 27 Juin 2016

Condamnés à naître orphelins



Dans l’intention d’aider des couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants, et par compassion pour leur malheur, une importante propagande se développe actuellement en faveur de la gestation pour autrui.
Cela part évidemment d’une bonne intention mais on oublie  –ou on ne sait pas– qu’il il faut pour cela infliger une grande souffrance à ces enfants, alors que notre premier souci est au contraire leur donner les meilleures chances d’une vie heureuse.

En effet, si pour l’État Civil un bébé nait le jour de l’accouchement, il n’en est rien en réalité car c’est dès le troisième mois de grossesse que d’intenses échanges affectifs et une sorte de dialogue permanent vont se développer entre une mère et son bébé : en fredonnant des chansons douces, en lui adressant des mots tendres et en l’apaisant, en caressant son propre ventre, elle va inscrire pour toujours cette relation d’amour dans la mémoire sensorielle de son enfant.

Mais ce n’est pas tout car, grâce à ce que Wilfrid R. Bion a appelé « La rêverie de la mère » elle va aussi implanter dans son inconscient la certitude que sa vie sera heureuse : tout le long de sa grossesse, elle va rêver (imaginer) qu’il sera intelligent, en bonne santé, affectueux, entouré d’amis sincères et qu’il réussira parfaitement sa vie professionnelle et affective.

Ce n’est qu’une rêverie, un espoir, mais si le petit être qui grandit en elle ne perçoit pas le sens de ce dont sa mère rêve pour lui, il saisit parfaitement la tendresse et l’amour total et irrévocable qu’elle lui voue. Cela lui donnera un sentiment de sécurité qui le persuadera qu’il va réussir sa vie : une certitude intérieure qui, comme le disait Freud, mène presque sûrement au succès.

Les sages–femmes et accoucheurs savent le lien extraordinaire, fusionnel, qui unit la mère et son bébé, et c’est pour lui faire sentir que ce lien n’est pas rompu qu’ils posent le nouveau–né sur le ventre maternel aussitôt après l’accouchement.

Mais il y a aussi des bébés qui perdent leur mère dès leur naissance et d’autres qui deviennent des orphelins alors qu’ils sont à peine plus âgés : à cause de la guerre, de la pauvreté, de la solitude, sous la pression sociale et parfois même parce qu’elle ne veut pas d’eux.

C’est un grand malheur, car ils se sentiront abandonnés, désolés et perdus. Et ceux qui sont nés d’une mère porteuse devront en plus affronter le fait que ce n’est pas par un douloureux hasard qu’ils sont nés orphelins, mais que ce sont ‘papa’ et ‘maman’ ou ‘papa’ et ‘papa’, qui sont responsables de son malheur.

Ces parents-là ne savaient pas qu’avoir été pendant neuf mois dans le ventre d’une mère qui a donné à son bébé la certitude qu’elle l’aimera pour toujours et d’avoir eu ensuite le malheur de la perdre, ce n’est pas la même chose que de devoir ce malheur à ses parents. C’est une blessure qui ne se refermera jamais : il la niera, la refoulera, lui imposera le silence, parce qu’il aime très fort ses parents adoptifs, et surtout parce qu’il ne supporterait pas de savoir que ce sont eux qui la lui ont infligée.

Un bébé « sur mesure » n’aura pas non plus bénéficié de la ‘rêverie’ de sa mère car il serait inhumain, pour la porteuse, de s’y attacher et de l’aimer passionnément. C’est une femme qui fait un travail qui, comme tout travail  et d’une façon ou d’une autre, sera compensé.

Elle le fera de son mieux mais avec le moins possible d’états d’âme car le donner à d’autres serait alors un tel déchirement qu’elle ne pourrait s’y résoudre, … ce qui arrive parfois.

Il vaudrait mieux que ces futurs parents aient le grand courage et l’abnégation d’accepter de réparer, en l’adoptant, l’injuste souffrance infligée à un bébé qui n’a plus sa mère, et d’être ceux qui lui donneront tout leur amour, le serreront dans leurs bras, seront toujours là pour l’aider.

Cette possibilité est malheureusement rare car des lois restreignent l’adoption, ou même l’interdisent, dans presque tous les pays.

La seule possibilité de devenir des parents aimants qui leur reste est donc la gestation pour autrui, c’est–à–dire d’avoir recours à une « mère porteuse ».

Je comprends la souffrance que serait un renoncement à leur rêve, mais je sais aussi  la souffrance de ces enfants sans mère et, pour moi, la priorité est et sera toujours l’enfant.

© Gabrielle Rubin - Tous Droits Réservés