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Les pervers araignées

- Réflexions - Lundi 09 Juillet 2018

Les pervers araignées

Les pervers araignées

Les pervers sont nombreux, et chacun d’entre eux l’est à sa manière, mais on peut les ranger quand même en deux grandes catégories : celle des pervers sexuels, et celle des pervers manipulateurs ou "pervers-araignée".

Les araignées ont une trouvé une façon intelligente, subtile et particulièrement cruelle de résoudre le problème qui se pose à tout être vivant : le besoin de se nourrir pour continuer à vivre.
L’araignée épeire, par exemple, commence par tisser une toile qu’elle loge dans un endroit stratégique et dont les fils gluants rendent impossible la fuite de l’insecte : mouche, guêpe ou autre, qui a eu le malheur de la trouver sur sa route.
Elle-même s’étant soigneusement enduite d’un liquide huileux qui la met à l’abri de ce danger.
Si elle a faim elle dévore sa proie aussitôt, mais si ce n’est pas le cas, elle la saisit par ses pattes arrière et, après l’avoir étourdie par une morsure paralysante, elle l’enserre dans un cocon de soie qui va la conserver, impuissante mais intacte, jusqu’à ce que l’appétit se fasse de nouveau sentir.
Et c’est ce que font aussi ceux que j’appelle Pervers-Araignée, à ceci près qu’ils ne dévorent pas le corps de leur victime mais son esprit.

Les pervers sexuels agissent par brusques et incontrôlables poussées pulsionnelles et sont dès lors entièrement sous la domination de leur désir de posséder et de détruire l’autre.
Parmi eux, certains  suivent furtivement leur future victime jusque chez elle et emploient la force pour la maîtriser, lui faire subir les pires sévices –sexuels et autres-- avant de l’achever pour disparaître ensuite tout aussi furtivement.
D’autres la font monter dans leur voiture, de force ou doucereusement pour ensuite, sur le chemin ou à leur domicile, violenter et tuer ces victimes sans défense.
Alors, soulagés, ils redeviennent l’insoupçonnable M. Toulemonde jusqu’à la crise suivante.
Ils utilisent leur force musculaire pour maîtriser leur victime et satisfaire leur pulsion -- dont Freud nous a appris qu’elle meurt en s’accomplissant -- et  retrouver alors leur calme.

Les pervers araignées, eux, ne se servent pas de leur force physique et n’agissent pas dans l’urgence pour satisfaire leur pulsion prédatrice dès qu’elle se fait sentir, car ils sont capables (au moins dans une certaine mesure) de la contrôler.
Ils ne torturent pas non plus une personne inconnue, choisie sur  une pulsion incontrôlable, mais  quelqu’un qui vit avec eux et qu’ils tiennent sous leur emprise, le plus souvent leur compagne.
Ils ont pris mentalement possession d’elle, et ils la torturent savamment, la dégustant lentement, soigneusement, jour après jour, et suivant leur appétit, tout comme le fait l’araignée pour l’insecte qui est en son pouvoir.
Il arrive cependant que quelques-uns craquent et, repris par la pulsion, dépassent la mesure qu’ils se sont fixée et tuent la malheureuse sous les coups.
Alors la famille, les amis, les voisins, sont stupéfaits : quoi ! C’était un mari violent ? Capable d’aller jusqu’à tuer ? C’est impossible, il était si aimable, si prévenant… un voisin modèle, en somme,
et personne n’aurait pu soupçonner une chose aussi incroyable.

Et les médias s’empressent de faire de faire mousser une affaire qui fait frémir les lecteurs.
Perdre le contrôle d’eux-mêmes reste cependant extrêmement rare chez les pervers-araignée, et leur compagne finit le plus souvent par mourir de mort dite ‘naturelle’ si mourir de souffrance après toute une vie de malheur peut être ainsi qualifié.

Pendant qu’ailleurs, près ou très loin de là, se poursuit, à l’insu de tous, le martyre d’une autre femme…